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depuis des générations autour de chacun des arsenaux maritimes. Une autre considération, enfin, mérite d’être retenue : nous voulons parler de l’existence, dans chacun de nos ports, d’un outillage considérable dont l’abandon partiel ne se ferait qu’en en perdant la valeur, non réalisable. Il nous paraît, en définitive, que la nécessité de maintenir en haleine le personnel des constructions navales, les conséquences de l’abandon d’un outillage créé à grands frais, et surtout les conditions de la guerre maritime que nous avons invoquées conduisent à écarter l’idée de spécialisation des arsenaux et à conserver à chacun d’eux, en principe, l’ensemble de ses services, sous la seule réserve de quelques réductions de leur importance à effectuer dans un ou deux ports.

Que dire maintenant de la mesure qui, indépendamment de la spécialisation réduisant deux de nos arsenaux à l’état de simples établissemens de fabrication, enlèverait aux autres leurs préfets maritimes, pour en faire des dépendances de nos escadres sous l’autorité de leurs commandans en chef ? La direction effective de chacun de ces arsenaux, dans l’esprit des auteurs de cette proposition, émanerait absolument du bâtiment amiral ; de la sorte, pensent-ils, les intérêts de la flotte construite ne passeraient pas au second plan, après ceux des arsenaux que l’indépendance des préfets maritimes a conduits peu à peu à prendre des développemens non justifiés.

Il peut, sans doute, sembler logique, à première vue, de confier aux commandans de nos forces navales la pleine autorité sur les arsenaux, de sorte que les actes préparatoires de l’action militaire incombent aux chefs appelés à exercer cette action ; mais quelques instans de réflexion suffisent à faire entrevoir deux graves obstacles au bon fonctionnement du système : d’une part, l’importance irréductible des rouages de l’arsenal maritime qu’on ne peut traiter, quoiqu’on le veuille, en service accessoire ; d’autre part la mobilité de nos forces navales permanentes qui ne sont appelées qu’accidentellement à séjourner sur les rades de nos ports militaires. Nous avons pu faire saisir, en effet, combien était multiple la tâche du préfet maritime. Le commandant en chef de l’escadre qui lui serait substitué fût-il en permanence sur la rade de l’arsenal placé sous son autorité, peut-on admettre que les responsabilités de son commandement lui laisseraient le loisir de diriger les opérations qui s’y poursuivent journellement,