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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/332

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traints de forcer le blocus, peut-être d’engager une lutte qu’ils auraient intérêt à éviter. On comprend l’importance que présentera la possibilité d’atterrir sur trois points du golfe de Gascogne, entre lesquels l’ennemi devra répartir sa vigilance et diviser ses forces. De là l’avantage indéniable de la conservation des trois ports, à la condition que nos bâtimens puissent trouver dans chacun d’eux non seulement un abri momentané, mais l’ensemble des organismes qui permettront de leur donner le nécessaire en hommes, en matériel, en vivres, en munitions, de procéder à leurs réparations plus ou moins majeures. Il faut donc qu’ils y trouvent les services militaires, techniques et administratifs qui y sont constitués aujourd’hui, prêts à fonctionner avec la célérité, l’instantanéité qui sont les facteurs essentiels de la guerre moderne. Il n’en serait pas ainsi si deux de nos trois ports de l’Océan étaient spécialisés comme on l’a dit. Au point de vue technique, il est admis que, dans l’art si complexe de la construction des bâtimens de guerre, l’ingénieur ne peut remplir pleinement sa tâche que s’il est en contact constant avec le bâtiment armé, revenant de la mer, dont les officiers sont en mesure d’indiquer les défectuosités et les perfectionnemens possibles. De ce rapprochement naît le progrès continu de l’engin de guerre, la détermination des qualités nautiques et militaires qu’il doit posséder, variables comme les types de navires ; or, qui ne voit que cette étude en commun ne serait plus réalisable si, concentrés sur un ou deux points dont l’élément maritime serait écarté, nos constructeurs échappaient à ce contact avec le personnel combattant ? Actuellement, au contraire, dans chacun de nos arsenaux, les mêmes ingénieurs et ouvriers concourent aux constructions, à l’entretien et aux réparations. Avec la spécialisation des ports ce personnel, lorsqu’il s’agira de déterminer une grave avarie et de remettre promptement le navire en état, sera-t-il à la hauteur de sa tâche, s’il n’est pas familiarisé avec la construction et les détails d’aménagement d’un engin similaire ? Sans doute il serait possible, dans le cas d’une spécialisation des services par port, d’en corriger dans une certaine mesure les effets par un déplacement périodique des ingénieurs, maîtres et ouvriers : mais, acceptable pour les officiers, habitués à changer de résidence sur un ordre de service, la mesure ne le serait que très difficilement pour le personnel subalterne, non militarisé, et dont les membres, avec leurs familles, sont groupés et vivent