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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/238

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victoire devait toujours rester aux gros bataillons. Ils ont fait ce qu’ils ont pu, c’est-à-dire ce qu’il était humainement possible de faire pour défendre les défilés des montagnes, et les combats qu’ils ont livrés sur plusieurs points sont comparables aux plus brillans épisodes de la guerre de l’Indépendance ; mais ils avaient affaire à trop forte partie. Derrière les troupes ottomanes, engagées dans des passes trop étroites pour qu’elles pussent s’y développer, on sentait l’appui de masses profondes, de réserves toutes prêtes à remplacer les combattans fatigués, ou même battus. Les Grecs ont eu, en effet, quelques succès partiels dont ils resteront justement fiers. Malheureusement ces succès, s’ils pouvaient ralentir la marche de l’armée ennemie, n’étaient pas de nature à l’arrêter. Une fois maîtres de la passe de Melouna, les Turcs avaient en quelque sorte dans la main les clefs de Larissa, et quelques jours plus tard, ils entraient dans la ville sans rencontrer, ni au dedans, ni au dehors, la moindre résistance. La Thessahe leur appartenait.

Ils n’ont commis jusqu’à présent aucune faute mihtaire : on ne pourrait pas en dire autant des Grecs. Pour résumer en un mot la situation respective des deux armées, les Turcs ont concentré toutes leurs forces sur le point où devait se livrer la bataille décisive, tandis que les Grecs ont éparpillé les leurs. Ils avaient mis, de plus, une grande confiance dans leur flotte, et ils espéraient que leurs navires pourraient soutenir les opérations de leurs troupes de terre, notamment en Épire. Enfin, ils s’attendaient à un soulèvement révolutionnaire en Albanie. Leur expédition sur Arta, précédée du bombardement de Prevesa, s’explique ainsi. Mais aucune de ces prévisions ne s’est encore réalisée. Au surplus, quand même les diversions essayées par l’armée grecque, ou du moins quelques-unes d’entre elles, viendraient à réussir, le résultat final de la première campagne n’en serait pas changé. Il y a toujours à la guerre un point où les destinées se décident : l’art consiste à le découvrir, à le déterminer d’avance, et à y concentrer ses principaux moyens d’action. Évidemment, le défilé de Melouna et les pentes de la montagne qui s’étendent de ce col élevé jusqu’à l’entrée de la plaine de Larissa étaient le lieu stratégique indiqué pour l’effort suprême des deux combattans. Les Turcs l’ont mieux compris que les Grecs. Puisque ceux-ci voulaient la guerre, avant de prononcer Valea jacta est, ils auraient dû réunir toute leur armée à Larissa. Ils auraient fait en outre, politiquement aussi bien que mihtairement, un grand acte de sagesse s’ils avaient rappelé dès l’origine les trois mille hommes que le colonel Vassos commande en Crète. La question Cretoise, comme toutes les autres, devait se résoudre, non pas à la Canée, mais dans la plaine