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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/236

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




30 avril.

Les événemens, depuis quinze jours, se sont précipités avec une rapidité telle que la situation en Orient est complètement changée ; et bien que l’avenir, même le plus prochain, soit encore enveloppé de beaucoup d’incertitudes, quelques résultats politiques et militaires se sont déjà produits avec une assez grande puissance pour qu’on puisse les regarder comme acquis. La guerre est commencée. Quels ont été les agresseurs ? Les Grecs soutiennent naturellement que ce sont les Turcs, et les Turcs que ce sont les Grecs. Nous laissons à l’histoire le soin de résoudre ce problème. Elle dira sans doute qu’assez longtemps déjà avant de l’exécuter, la Grèce avait pris sa résolution. Placé entre le danger intérieur et le danger extérieur, le roi Georges avait jugé que le second était, tout compte fait, le moins menaçant et, dans tous les cas, le plus glorieux. S’il devait succomber, il aimait mieux que ce fût avec son peuple et sur les champs de bataille, que dans les rues d’Athènes sous les coups de l’émeute. La guerre est devenue alors inévitable. Peut-être aurait-il été plus franc et plus fier de la part de la Grèce d’accepter ouvertement la nécessité qu’elle avait fait naître. Elle a préféré ruser avec la situation. Le sang d’Ulysse coule toujours dans ses veines. Des bandes irrégulières ont été dirigées sur plusieurs points de la frontière et, grâce à la brusquerie de l’attaque, elles ont réussi à la franchir ; mais elles ont dû bientôt la repasser en désordre. Étaient-elles allées chercher la victoire ? Non. Ceux qui les avaient équipées et lancées en avant savaient fort bien ce qui les attendait. Que voulaient-ils donc ? Ils espéraient amorcer à la guerre l’armée ottomane et l’amener, par une provocation anonyme, faite par des gens qu’il était toujours possible de désavouer, à poursuivre les fuyards jusque sur le territoire hellénique, ce qui leur aurait permis d’en constater la violation, et de rejeter sur les Turcs la responsabilité ultérieure des événemens. Mais les choses ne se sont point passées ainsi. L’armée d’Edhem-Pacha s’est contentée de repousser les assaillans, et