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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/959

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elles continuent leurs recherches avec une merveilleuse patience sans temps, les choses ne s’aggraveront pas. On ne peut pas dire, il est vrai qu’elles étaient, et la prolongation du statu quo est à coup sûr un des phénomènes les plus surprenans. Le blocus de la Crète n’a encore servi à rien du tout : c’est sans doute ce qui a découragé les puissances d’établir le long des côtes grecques un second blocus, qui ne serait peut-être pas plus efficace.

En Crète, les amiraux et les insurgés ne communiquent que par des coups de canon et de fusil : ils ne se font d’ailleurs aucun mal les uns aux autres. Ce qui étonne, c’est que, soit les amiraux, soit les consuls des puissances, ne paraissent avoir fait jusqu’à présent aucun effort vraiment sérieux pour se mettre en rapport avec les chefs des insurgés et pour leur faire comprendre ce que les intentions de l’Europe à leur égard ont de bienveillant et d’avantageux. Les insurgés sont laissés en tête à tête intime avec le colonel Vassos, qui leur explique les choses à sa manière. On vit de part et d’autre sur un malentendu, qu’il ne serait peut-être pas impossible de dissiper si on s’expliquait de plus près, et autrement qu’avec de la poudre. En revanche, on échange beaucoup d’explications avec la Grèce et avec la Porte, ce qui ne peut qu’encourager la première dans ses prétentions, et ce qui encouragerait la seconde dans ses résistances si elle n’avait pas renoncé à en faire. On espère sans doute que le temps, qui est galant homme, finira par tout arranger, grâce à la lassitude générale ; mais si c’est là-dessus que compte l’Europe, la Grèce fait de son côté le même calcul, et il est difficile de prévoir, de ces deux patiences obstinées, quelle est celle qui viendra à bout de l’autre. L’Europe, toutefois, a un avantage très appréciable : elle est riche et la Grèce est pauvre ; or, si l’argent est le nerf de la guerre, cela est vrai surtout de la guerre qu’on ne fait pas, et qui consiste seulement à dépenser de part et d’autre ses ressources sans coup férir, jusqu’à épuisement complet. Celui qui a les meilleures finances est toujours sûr de triompher et de réduire son partenaire à merci.

En Crète donc, on escarmouche. Sur la frontière de Thessalie et de Macédoine, on est resté pendant de longues semaines l’arme au pied, et c’est seulement ces derniers jours que quelques coups de fusil ont été tirés : encore l’ont-ils été par des irréguliers cosmopolites, mêlés de Grecs et d’Italiens. Les nouvelles venues à ce sujet de Constantinople et d’Athènes sont trop contradictoires pour qu’on puisse savoir