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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/82

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Gibraltar des travaux considérables. Un jour viendra où nous ouvrirons les yeux sur ce danger, et, dès maintenant, il y aurait lieu de diminuer un peu, en vue de l’utilisation éventuelle d’une voie maritime intérieure, le tirant d’eau de nos grands navires de combat. Nous avons déjà su le faire : quelques années après la guerre de 1870, un habile ingénieur construisait un cuirassé plus capable d’agir sur les côtes basses de la mer du Nord que ne l’avaient été ses prédécesseurs. Le Redoutable, qui est encore une des meilleures unités de notre escadre active, passerait aisément par le canal dont on propose l’ouverture.

Voilà donc une intéressante indication, que nous allons d’ailleurs voir confirmée.

En effet, si les eaux profondes de la Méditerranée, aussi bien que celles qui creusent les échancrures de la côte bretonne admettent sans difficulté tous les tirans d’eau, les lourdes unités de combat que leur cuirasse fait enfoncer au-delà de 8 mètres se trouvent assez mal à leur aise sur le littoral de la Manche à l’est du Cotentin, et surtout au-delà du cap Gris-Nez, où commencent les bancs de sable de la mer du Nord. Or l’intérêt que nous avons à diminuer les difficultés de la circulation des grands bâtimens sur les rades de Calais et de Dunkerque éclate aux yeux de tous les marins prévoyans. Dunkerque est, par la force des choses, une base plus importante que Cherbourg.

Posons donc en principe que nos plus robustes navires ne caleront pas au-delà de 8 mètres. Du Pas-de-Calais au fond de la Baltique, c’est une règle admise par les marines du Nord.

Mais pourquoi s’imposer cette limite s’il s’agit des bâtimens appelés à fréquenter à peu près exclusivement la Méditerranée ? Les cinq beaux croiseurs cuirassés des types Italia et Re Umberto, ces géans de 14 000 à 15 000 tonnes, s’accommodent fort bien de tirans d’eau voisins de 10 mètres. Peut-être ; et tels cas peuvent se présenter où d’habiles adversaires tireraient parti de la circonspection qui marque les manœuvres de ces navires aux abords de la terre.

Non. La différence de régime entre l’Océan et la Méditerranée doit intervenir plus efficacement dans la détermination des types d’unités de combat que celle des caractères hydrographiques. Et cette différence de régime nous apparaît très sensible sans qu’il soit même besoin d’invoquer le phénomène des marées : d’un côté, un ciel bas, des brumes, une lumière atténuée ; de l’autre,