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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/74

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fondamentale du nouvel empire allemand, et les fidèles se seraient exposés soit à jouer le rôle de dupes, soit à trahir leur foi, s’ils s’étaient prêtés à la comédie d’un apaisement qui ne pouvait être sincère aussi longtemps que subsisterait l’esprit qui avait présidé à la dernière organisation de l’Allemagne. C’est pour ce motif que, frappés par les lois d’exception, les partisans de la politique représentée au Reichstag par la fraction du Centre venaient de déclarer ne pas vouloir voter contre la démocratie socialiste d’autres lois d’exception destinées, pensaient-ils, bien moins à consolider l’ordre social ébranlé, qu’à fournir des armes à l’oligarchie nationale-libérale. Cette manière de voir contrariait les tendances du Pape à un rapprochement. Elle avait été exposée à Mgr Aloysi par l’archevêque de Cologne, qui était venu à Munich sous le déguisement d’un colporteur, bravant ainsi le danger d’être découvert et traîné dans la prison à laquelle il n’avait échappé qu’en s’exilant sur la frontière de Hollande, à proximité de son diocèse.

L’attitude si résolue du Centre ayant écarté la possibilité d’une entente immédiate entre ce parti et le prince de Bismarck sur le terrain de la lutte contre la démocratie socialiste, la question des rapports du cabinet de Berlin avec le Vatican cessa pendant l’automne de 1878 d’occuper dans l’esprit des hommes politiques en Allemagne la grande place qu’elle y avait tenue deux mois auparavant. L’éventualité d’un accommodement paraissait alors plus éloignée que durant les premiers temps qui avaient suivi l’élection de Léon XIII. A la vérité, il n’y avait plus dans les hautes régions gouvernementales cette ardeur pour le Culturkampf, qui avait été pendant les six années précédentes un des traits distinctifs de la politique intérieure allemande ; mais les meneurs du parti national-libéral étaient d’autant plus jaloux de regagner près du prince de Bismarck la place de faveur qu’ils avaient pu craindre un instant de voir prendre par leurs adversaires. De leur côté, les personnages notables du Centre se renfermaient dans une grande réserve. Elle leur était commandée par la connaissance qu’ils avaient des dispositions personnelles du souverain pontife. La conclusion d’un arrangement avec l’Allemagne était, ils le savaient, l’objet des vifs désirs du chef suprême de l’Eglise, et la réconciliation eût été un fait déjà accompli si Léon XIII n’avait dû compter avec les résistances de ceux qui considéraient que les catholiques allemands ne devaient pas être