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coassement d’innombrables grenouilles », il déclarait que les bons auteurs, cependant, s’y trouvaient encore en assez grand nombre. Il ajoutait que Mme de Staël avait eu raison de blâmer l’abus de la mythologie dans les écrits italiens en vers et en prose : mais que, d’autre part, cette mythologie était « un fidéicommis de la poésie antique », et qu’à ce titre, pietatis causa, on était forcé de la conserver. Et surtout il affirmait avec beaucoup d’énergie que les « littératures du Nord », pour vivantes et intéressantes qu’elles fussent, ne pouvaient pas, ne pourraient jamais exercer une influence heureuse sur le génie d’une race essentiellement latine et méridionale.

Prise ainsi à partie dans la revue même où avait paru sa note, Mme de Staël répliqua par une lettre qu’Acerbi se fit un devoir de publier aussitôt. « Cette lettre, disait-il dans une manière d’avant-propos, excitera sans doute de nouvelles clameurs ; mais pour nous, soucieux de l’honneur national, et Italiens par-dessus tout, nous croyons servir mieux notre patrie en lui montrant ses défauts qu’en exagérant ses vertus. » Et, défait, les « défauts » de l’Italie tenaient plus de place que ses « vertus » dans la réplique de Mme de Staël. « Rien n’est aussi dangereux pour une littérature, y lisait-on notamment, que cette horreur des idées nouvelles dont on parait vouloir faire, dans ce pays, une véritable religion littéraire. Et dans aucun autre pays le danger n’en est aussi grand qu’en Italie, où, faute d’une société, la littérature est envahie par le lieu commun. »

A ceux qui redoutaient que l’Italie ne perdit son originalité nationale en étudiant les littératures étrangères, Mme de Staël opposait l’exemple des Allemands, la race la plus versée qui fût dans les lettres classiques, et celle cependant dont le génie national s’était le plus hardiment affirmé. C’est précisément dans l’étude de la littérature allemande qu’était, à son avis, l’unique salut de la littérature italienne. « Je puis certifier sans crainte d’être démentie, écrivait-elle, qu’une sphère d’idées absolument nouvelle s’ouvrira devant tous ceux qui auront pris la peine d’approfondir la pensée des récens écrivains septentrionaux. Et que si vous m’objectez que vous voulez rester Italiens, je vous répondrai : Sans doute, vous avez raison, ne renoncez ni à votre sol, ni à vos arts, ni à votre grâce, ni à votre vivacité naturelle, mais instruisez-vous de toutes choses et toujours. » En terminant, Mme de Staël se défendait d’avoir songé à dénigrer l’Italie. Elle rappelait que, dans l’Europe entière, Corinne avait été considérée comme une œuvre destinée « à faire aimer le pays qui s’y trouvait dépeint. » Mais, ajoutait-elle, « les journalistes anglais et allemands se font un