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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/71

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instructions très précises, fut avisé que le Pape l’autorisait à se rendre à Kissingen ; et il partit le 29 juillet, muni d’une lettre d’introduction du cardinal Franchi, secrétaire d’Etat, pour le prince de Bismarck. Ses instructions étaient d’ailleurs très peu détaillées. Il devait demander le retour à l’état de choses qu’avait naguère institué la bulle De salute animarum et, par conséquent, l’abandon des Mai-Gesetze. Il était évident qu’un pareil programme ne serait pas même discuté, mais il ne paraissait pas improbable que le prince de Bismarck laissât entrevoir la possibilité d’un arrangement fondé sur les distinctions à établir d’un commun accord, au point de vue pratique, entre telle ou telle de ces lois : les unes en effet ne pouvant être réellement considérées comme ayant un caractère tout à fait inconciliable avec l’existence de l’Église ; les autres semblant au contraire avoir été combinées on vue de détruire son essence même et de briser tous les ressorts de son organisme. La promesse d’abandonner ou de laisser tomber ces dernières par voie de désuétude fournirait-elle les élémens de l’entente désirée par Léon XIII ?

Accueilli par le prince de Bismarck avec la plus grande courtoisie, Mgr Aloysi eut, dès le lendemain de son arrivée à Kissingen, la douleur d’apprendre la mort du cardinal Franchi. Un journal libéral ne craignit pas d’insinuer que cette catastrophe pouvait être attribuée à un crime plutôt qu’à un de ces accès de fièvre pernicieuse dont la soudaineté provoque souvent, à Rome même, des commentaires sinistres. Il faisait ensuite un rapprochement d’un goût douteux entre l’arrivée à Kissingen, le 29 juillet 1878, d’un envoyé du Saint-Siège porteur de paroles de paix, et l’attentat dont le prince de Bismarck avait failli, le 13 juillet 1874, être victime dans cette même localité, de la part de Kullmann, attentat qui, en raison des prétendus liens de cet assassin avec le parti ultramontain, avait imprimé une grande violence au Culturkampf.

Dès sa première visite au Chancelier, Mgr Aloysi lui avait communiqué les conditions que le Vatican jugeait propres à mettre fin au conflit religieux, c’est-à-dire un engagement du cabinet de Berlin de ne plus poursuivre l’exécution des lois de mai, en même temps que le retour à la situation établie par la bulle de Pie VII de 1821. N’acceptant pas le débat sur ce terrain, le prince de Bismarck objecta qu’il lui paraissait préférable de négliger d’abord les questions de principe pour chercher le moyen