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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/666

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Et soudain l’Augusta songe qu’il est des hommes
Dont le commun destin souffle les vains flambeaux,
Et que les murs vantés des Milans et des Romes
Sont des abris d’un jour bâtis sur des tombeaux.

Adieu, clarté naissante, allégresse première,
Limpides voluptés, formes, parfums, couleurs,
Adieu ! L’ombre future obscurcit la lumière ;
La mort, comme un aspic, a jailli dans les fleurs.

L’Augusta dans la nuit qui flotte en sa prunelle
Suit la fuite de l’heure et des sorts inconstants ;
Car vers l’instant fatal la clepsydre éternelle,
Sûre, lente, sans fin, pleure les pleurs du Temps.

En un pompeux cortège, aux murmures funèbres
Des moines de l’Euxin, son cadavre embaumé,
Couché sur la litière, ira vers les ténèbres,
Dans sa robe suprême à jamais enfermé.

Et la crypte de jaspe engloutissant sa proie,
Au centre du caveau dont le mur flamboiera,
Elle-même, en un flot de velours et de soie,
Blême, les yeux ouverts, sinistre, apparaîtra.

Droite, dans la splendide horreur des pourpres roides,
Le diadème au front, le cercle d’or aux reins,
Elle éternisera sur ses épaules froides
L’écroulement figé des joyaux souverains,

Et, parmi les émaux et les fleurs lapidaires,
Dans l’immobile orgueil du tragique décor,
Siégera, somptueuse, entre deux lampadaires,
Squelette impérial, sur un haut trône d’or.