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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/665

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Miroir fragile, où dort l’ombre verte des palmes,
Un lac pur arrondit sa coupe de saphir,
Et des cygnes neigeux cinglent sur les eaux calmes
Tels que de blancs vaisseaux que pousse un frais zéphyr.

L’abeille, qui s’échappe en bruissant des ruches,
Boit les jeunes parfums des calices ouverts ;
Par-dessus les treillis argentés, des autruches
Dressent leur tête chauve et mordent les fruits verts.

Au bord des piédestaux tendant leurs gorges bleues,
Des paons font brusquement s’élargir au soleil
Et vibrer tout le ciel étoile de leurs queues ;
L’ibis lisse sa plume en un frisson vermeil.

Tout s’éveille, rayonne, aime, fleurit, embaume :
Le cœur de l’Augusta s’enivre du matin ;
La rose livre au vont son plus subtil arôme :
Le cœur de l’Augusta vole au pays lointain.

Au pays fabuleux dont la beauté l’invite,
Son rêve, avec les nefs, fuit sur le golfe amer ;
Et joyeuse, accoudée aux balustres d’ophite,
L’Augusta voit le ciel descendre dans la mer.

Elle contemple au loin Byzance et ses collines,
Les églises en croix et les dômes cuivrés
Et, s’étageant là-bas, du côté des salines,
Les cirques lumineux et les remparts dorés.

Tout, la nature en fête et la Ville et l’Empire,
Trésors que l’œil pensif se lasse à dénombrer,
Tout ce qui charme, luit, s’épanouit, respire,
Naît pour vêtir sa gloire et vit pour l’adorer.

Mais voici qu’au doux bruit des ailes et des ondes,
Aux chants de l’aube éclos parmi la frondaison,
Le sourd frémissement des foules vagabondes
Se mêle dans l’aurore et monte à l’horizon.