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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/664

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Devant la croix d’émail, l’Auguste Autokrator
Baise le Livre et prie et tour à tour médite.

Gravement, sans remords, il songe aux jours anciens
Où la croyance unique illuminait l’Empire.
Si les temps sont mauvais, si l’avenir est pire,
Dieu, qu’il honore et sert, reconnaîtra les siens.

Car en Dieu, seul puissant, en Christ-Jésus, seul maître,
Sont victoire, repos, gloire, espérance, honneur ;
La force irrésistible est aux mains du Seigneur
Et c’est de sa vertu que tout salut doit naître.

Qu’importent les cités, l’Empire et l’univers
Et le destin du monde en proie à la tourmente,
Pourvu que ton Eglise, ô Christ ! rogne et cimente
La foi de Chalcédoine au fond des cœurs pervers ?

Et dans la chambre haute, aux aveugles clôtures,
Près de Byzance en feu, près du massacre humain,
L’Autokrator transcrit sur un blanc parchemin
Un mystique traité contre les deux Natures.


                                  L’AUGUSTA

L’Augusta très divine est la sœur de l’aurore.
Elle est fraîche comme elle et comme elle se plaît,
Dès l’heure où l’horizon frissonne et se colore,
A fuir la chambre close où la nuit l’exilait.

Par les couloirs de marbre où filtre un jour bleuâtre,
Par l’escalier béant aux degrés smaragdins,
Par les salles où l’eau pleure aux bassins d’albâtre,
L’Augusta passe et va vers les secrets jardins.

Dans sa jeunesse heureuse et sa liberté brève,
Foulant la poudre d’or qui sable le chemin,
Seule dans la clarté palpitante, elle élève,
Comme un sceptre léger, une fleur dans sa main.