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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/60

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administrative contre les prêtres qui avaient usé vis-à-vis d’eux des pouvoirs que le droit canonique leur confère lorsqu’ils siègent au tribunal de la pénitence. Plus d’une fois, l’absolution avait été refusée à des individus ne voulant pas obtempérer aux directions qui, au moment des élections, leur avaient été données au confessionnal. Les débats auxquels ces faits donnèrent lieu devant la justice, prouvèrent que les ecclésiastiques qui étaient ainsi incriminés, et qui d’ailleurs refusèrent de violer, pour se défendre, le secret de la confession, étaient victimes de manœuvres auxquelles le texte même de la loi avait permis à des adversaires peu scrupuleux de recourir pour satisfaire leurs haines de sectaires. Etait-ce donc pour aboutir à un état de choses aussi attentatoire à la liberté de conscience que l’Allemagne nouvelle avait entamé en 1871 la lutte que ses principaux écrivains disaient inspirée par l’esprit de tolérance ?

C’est à propos de ces lois de mai que le comte Harry d’Arnim, l’ancien ambassadeur d’Allemagne à Paris, put écrire en 1876, dans sa brochure Pro nihilo, que le prince de Bismarck avait adressé sa recette contre l’Eglise romaine à chacun en son logis, même à ceux qui ne se sentaient pas malades ; M. de Keudell, à Rome, la recommandant à M. Minghetti ; l’Autriche étant accusée à mots couverts d’ingratitude pour ne pas répandre à plus larges doses les saines doctrines qui dominaient à Berlin. Les plus illustres docteurs des Chambres et des Universités allemandes ne parlaient qu’avec une pitié méprisante des pays qui se refusaient à adopter les idées en faveur dans l’Empire évangélique en matière de législation religieuse. « L’Église libre dans l’État libre » de M. de Cavour faisait sourire de dédain M. Döllinger. A un diplomate italien qui recherchait volontiers ses leçons, l’éminent critique disait un jour : « Comme on a souvent prononcé le mot de Cosas de España pour caractériser un certain désordre d’idées, on pourra dire maintenant Cose de Italia pour définir l’imprévoyance et l’inhabileté du pouvoir gouvernemental vis-à-vis du pouvoir spirituel. » Pourtant, peu à peu la situation tendait à se modifier ; on était, en 1878, beaucoup moins glorieux dans l’entourage du prince de Bismarck en parlant du « combat de culture. » L’excès même des rigueurs déployées contre les catholiques avait fini par produire dans l’opinion une lassitude qui permettait de penser que la réaction ne tarderait pas.

C’est sur ces entrefaites qu’avait lieu l’échange des lettres