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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/483

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responsabilités générales : quelquefois même elle a voulu se la faire trop grande. Nous espérons qu’elle ne renoncera pas aujourd’hui à celle qui lui revient.

Notre politique intérieure, surtout si on la compare à la politique extérieure, est quelque peu dénuée d’intérêt. La Chambre a fini la discussion du budget. Le Sénat l’a commencée ; mais, comme un troisième douzième provisoire a été voté, il a du temps devant lui, et il en profite pour se livrer à une étude plus approfondie de nos dépenses et de nos recettes qu’il ne l’a fait depuis un assez grand nombre d’années. En attendant, la Chambre s’adonne à la plus fastidieuse des besognes ; elle liquide un énorme arriéré d’interpellations. On sait que, d’après le règlement, tout député a le droit de déposer une interpellation, même la plus saugrenue, et que la Chambre n’a pas celui d’en renvoyer la discussion à plus d’un mois. Le délai ne peut être plus long que si l’interpellateur y consent. Un grand nombre d’interpellateurs avaient déposé, à des époques diverses, un grand nombre d’interpellations, et, pour montrer leur bon esprit, la plupart d’entre eux avaient consenti à ce que la discussion en fût remise après le budget. Pendant quelques semaines, la Chambre a pu travailler d’une manière à peu près sérieuse, sans trop de diversions, ni de distractions, et il aurait été d’autant plus désirable que les choses continuassent ainsi que l’ordre du jour comprend un certain nombre de projets de loi de la plus haute importance, ceux, par exemple, qui se rapportent aux grands commandemens militaires, ou à l’organisation d’une armée coloniale. Les événemens d’Orient montrent une fois de plus combien il serait utile et même urgent que nous eussions un corps expéditionnaire, bon à tout faire en quelque sorte, sans porter atteinte à la mobilisation générale. Mais non ! Nous suivons une politique, et nous ne nous mettons pas en peine de créer les instrumens les plus indispensables à sa mise en pratique. Nous avons autre chose de plus pressé à faire. Un jour il s’agit des vieilles affaires des Chemins de fer du Sud de la France, c’est-à-dire d’un sujet de scandales avec lequel on essaie de réveiller l’attention publique fatiguée et blasée ; un autre jour d’un magistrat nommé en Corse, et qui avait un peu trop les mœurs du pays. Passons sans insister ; tous ces faits divers ne valent vraiment pas le temps qu’on leur donne. Et s’il n’y avait que du temps perdu, on pourrait s’en consoler. Le malheur est qu’à travers ces discussions décousues et confuses, la Chambre revient peu à peu à ce qu’il y avait de moins bon dans ses habitudes