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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/449

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Nous insistons sur ce côté de la question, parce qu’il est important de dissiper l’erreur de ceux qui prétendent fermer notre portefeuille aux titres étrangers, en leur interdisant l’accès de nos marchés. Ils peuvent bien rendre ce genre de placemens plus compliqué, plus difficile, plus dangereux : ils ne sauraient le supprimer. Puisqu’il en est ainsi, le mieux est à coup sûr de rechercher une organisation qui, sans donner aucun avantage aux fonds étrangers par rapport aux nôtres, en facilite le contrôle et les mette plus complètement sous nos yeux et à notre portée.

Nous n’irons pas jusqu’à dire, avec l’éminent ministre des finances d’une puissance amie, que celui qui ne connaît pas bien les bases sur lesquelles repose un contrat de crédit ne saurait décider dans quelle mesure une des deux parties a obligé l’autre. Nous pensons, jusqu’à preuve du contraire, que, si excellent que soit un débiteur, c’est encore lui qui a plus besoin du prêteur, qu’il n’est indispensable à ce dernier, et que la nécessité d’exposer des capitaux n’a pas encore pris chez nous un caractère aigu. Le paradoxe est voisin de la vérité. Celle-ci est que la France, plus avancée que d’autres dans son outillage industriel, économe, laborieuse, a, tous les ans, un excédent de disponibilités ; que ces capitaux sont en quête des meilleurs emplois possibles, qu’un combat se livre à cet égard, dans l’esprit même de leurs détenteurs, entre le désir d’obtenir un revenu supérieur à la moyenne de leur portefeuille et, d’autre part, de ne pas aventurer une portion de leur avoir. Le raisonnement nous convainc que cette recherche de placemens à l’étranger est légitime ; l’histoire nous démontre qu’en résumé ils n’ont été ni meilleurs ni pires, pour notre épargne, que les placemens mobiliers faits à l’intérieur de nos frontières ; les faits nous ont appris, lors d’une expérience cruelle et récente, qu’ils constituaient, en cas de malheur, une réserve pour le pays, lui permettant de faire face à des désastres imprévus, et de supporter des charges qui en eussent écrasé d’autres. Nous ne pouvons donc, après avoir montré quelle est la fortune mobilière de la France à l’étranger, que conclure à l’utilité particulière et générale de cette formation de richesse. Ceux qui en sont les artisans n’ont peut-être pas toujours conscience de l’œuvre qu’ils accomplissent. Comme M. Jourdain faisait de la prose, ils font peut-être du patriotisme sans le savoir ; mais il n’en est pas moins certain qu’ils le font, et qu’à ce titre, il serait absurde de vouloir entraver ou même arrêter le mouvement, qui