Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/447

Cette page n’a pas encore été corrigée


IV

Nous avons achevé ce tour du monde financier qui nous a permis, non seulement d’évaluer approximativement la somme de nos placemens mobiliers au dehors, mais d’en esquisser ce que nous appellerons la psychologie particulière. On peut retrouver dans le choix des fonds d’Etat, successivement acquis ou abandonnés par nos rentiers, la trace d’idées et de sentimens divers. Tantôt une sympathie politique ardente nous fait ouvrir toute grande notre bourse à des valeurs dont nous ne discutons pas toujours avec assez de sévérité les mérites ; souvent nos rentiers désirent diminuer leurs risques en répartissant leurs placemens dans un grand nombre de pays et s’adressent alors de préférence à ceux dont la réputation financière et la neutralité politique ont mis le crédit hors de pair ; ailleurs enfin, en matière d’industrie et d’entreprises nouvelles, ils se laissent aller à une confiance que l’éloignement explique sans toujours la justifier. Mais de quelque mobile que procède ce mouvement, alors même que parfois il peut sembler irréfléchi chez quelques-uns, la source n’en est pas moins dans une nécessité de notre situation économique actuelle : elle ne saurait donc être arrêtée.

Puisque telle est la situation, il y a lieu de nous demander sous quelle forme il est désirable que ces placemens s’effectuent ; le législateur ne peut pas empêcher les opérations faites à l’étranger par des Français ; mais il peut opposer des obstacles divers, parfois absolus, à la négociation en France de titres étrangers. A ce point de vue, la diminution actuelle du nombre de valeurs étrangères cotées à Paris doit être considérée comme fâcheuse, par les adversaires aussi bien que par les partisans de ce genre de placemens. Il ne faut pas croire en effet qu’interdire l’accès de nos marchés à des titres de rente ou à des actions de compagnies équivaut à supprimer les achats de ces catégories de valeurs par nos capitalistes. Ceux-ci savent bien, par l’intermédiaire de leurs banquiers, agens de change ou courtiers, faire opérer sur les autres places l’acquisition des titres qu’ils désirent ; et le seul effet de l’ostracisme dont ces titres sont frappés en France est de faire gagner aux opérateurs étrangers les courtages et les commissions, de faire encaisser par les administrations publiques étrangères les droits de timbre et autres dont les opérations de