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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/432

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pour des sommes plus ou moins fortes. Ce voyage d’un genre spécial à travers le monde nous fera repasser rapidement en revue les phases les plus récentes de notre histoire, et non pas seulement de notre histoire financière : car si les considérations économiques jouent ici, comme il est naturel, un rôle prépondérant, elles ne sont pas les seules ; des questions de politique pure, de sentiment même, sont impliquées dans ces matières, dont elles sont en apparence si éloignées : les deux exemples par lesquels nous allons commencer, la Russie et l’Italie, sont la démonstration éclatante de ce que nous avançons.

Le grand exode des capitaux français en Russie n’a commencé qu’il y a une dizaine d’années. Les fonds de l’empire moscovite étaient déjà connus de nos banquiers et de certains de nos capitalistes avant cette époque. Nous avons signalé plus haut l’apparition à la cote de Paris, vers le milieu du siècle, de certains fonds russes, dont le nombre s’accrut quelque peu au cours des années qui suivirent. Mais les marchés principaux en étaient à Londres, à Berlin, à Amsterdam : les fonds publics directement émis par le Trésor se négociaient plus spécialement sur la première de ces trois places ; les titres de chemins de fer avaient trouvé bon accueil dans les portefeuilles allemands et hollandais. A la fin de 1887, une série de rapprochemens diplomatiques ayant préparé le terrain, un emprunt russe 4 pour 100 fut lancé sur les marchés français, où, en dépit de l’hostilité manifeste des Berlinois, il obtint un grand succès. Ce fut le signal d’un immense mouvement, qui permit au ministre des finances de Russie d’alors, M. Wychnegradski, de faire de Paris le pivot des vastes opérations dont il avait conçu le plan. Fort de l’appui de cette place, qui est la première du monde pour la solidité du placement, c’est-à-dire qui absorbe le titre et le classe au lieu de le laisser flottant comme d’autres marchés, — le ministre convertit successivement les divers fonds 5 pour 100 qui étaient possédés par quantités considérables en Angleterre, en Allemagne, en Hollande. Les porteurs qui ne voulurent pas consentir à la réduction de 5 à 4 furent remboursés : l’argent était fourni sans relâche par le public français, qui souscrivait, à des cours de plus en plus élevés, les fonds 4 pour 100 émis par le Trésor russe, jusqu’à ce que, de 86 pour 100, taux d’émission de l’emprunt 1887, ces achats incessans aient porté la rente 4 pour 100 au pair et au-delà. Le succès était complet. Dès 1891,