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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/430

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la façon dont le transfert de cette somme invraisemblable a pu s’effectuer de notre patrimoine dans celui des Allemands, pour comprendre le rôle qu’y joua ce portefeuille étranger possédé par nos nationaux. M. Say, après avoir analysé avec une grande sûreté de coup d’œil et un judicieux emploi des chiffres statistiques les opérations du paiement de 1871 à 1873, arrive aux conclusions suivantes : le mouvement des marchandises n’a fourni qu’un appoint, puisque les importations et les exportations s’équilibrent à peu de chose près pour les trois années ; les sorties d’or de France à destination de l’Allemagne n’ont pas dépassé 1 milliard de francs ; le gros de l’indemnité a donc été fourni par les valeurs étrangères possédées par des Français et dont le revenu seul s’élevait en 1870 à 700 ou 800 millions de francs ; pendant trois ans les revenus de ces valeurs, ainsi que les sommes dépensées annuellement par les voyageurs séjournant parmi nous et qui sont l’équivalent de la rente d’un placement que nous aurions fait à l’étranger, ont servi à compenser les milliards versés à l’Allemagne ; le complément provint de la réalisation d’une fraction de ce portefeuille de valeurs étrangères, qui a alors temporairement diminué. Divers relevés opérés à cette époque montrent en effet que de 1871 à 1873, le total des coupons payés en France sur des titres tels que la rente italienne, les rentes turques, a diminué sensiblement.

Mais ce n’est que sous l’empire de circonstances exceptionnelles que le chiffre de nos placemens à l’étranger s’est ralenti pendant quelques années après 1870. Ce ralentissement lui-même est une démonstration éclatante de l’exactitude de la théorie exposée au début de cet article. Des désastres comme ceux de l’année terrible, ou plutôt des deux années terribles de 1870 et de 1871, de la guerre et de la commune, amènent des destructions de capitaux considérables et, par suite, un relèvement brusque de leur loyer, c’est-à-dire du taux de l’intérêt. Nos fonds d’Etat, qui donnaient 4 pour 100 environ à la fin de l’Empire et qui avaient même connu des cours plus élevés, — c’est-à-dire rapporté moins, sous le règne de Louis-Philippe, — furent émis à des prix qui représentaient un revenu de G pour 100 au taux de souscription. Dès lors les Français n’avaient aucune raison de chercher au dehors un emploi à leurs économies : ils trouvaient à les placer dans leur propre pays à des conditions extraordinairement favorables. Il était naturel, non seulement de n’acheter aucun