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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/418

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POÉSIE

ELLE ET LUI


Les morts dorment en paix dans le sein de la terre ;
Ainsi doivent dormir nos sentimens éteints.
Ces reliques du cœur ont aussi leur poussière ;
Sur leurs restes sacrés ne portons pas les mains.
(La Nuit d’octobre.)
Alfred de Musset.


La paix était sur eux ! Chacun d’eux, à son heure,
Avait tourné sa page et s’était endormi.
On les avait couchés dans leur suprême abri :
Elle, aux murs familiers de sa vieille demeure,
Lui, sous le saule vert, dont le feuillage pleure
Et tremble, en inclinant ses rameaux jusqu’à lui.

La paix était sur eux ! De l’ancienne agonie
S’étaient évaporés les amers souvenirs.
Les vents avaient, au loin, dispersé leurs soupirs.
Ils reposaient enfin, absous par leur génie,
Et la mort leur versait, d’une main attendrie,
Le calme bienfaisant d’un sommeil sans désirs.

D’un idéal nouveau, vous, les ardens apôtres,
Ô morts, on a trouvé trop doux votre sommeil !
Tressaillez dans vos os, car voici le réveil !
Le scandale est le fruit de jours comme les nôtres :
Nous usons notre cœur à sonder ceux des autres,
Et nos yeux à compter les taches du soleil.