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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/362

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Nous arrêtons devant une des casernes fortifiées construites sur le plateau du Pétchersk par l’empereur Nicolas Ier ; elles garnissent le bord opposé au versant qui penche vers le fleuve, et, comme les dômes de la Lavra regardent vers la Russie avec des gestes de bénédiction, celles-ci tournent vers l’Europe leurs parois hostiles.

Ajoutant à cet ouvrage un semblant de défense, des sapeurs, dont les mines riantes et les gestes animés disent la joie d’être à l’air libre, après la longue réclusion d’hiver, construisent devant la grille un retranchement de neige. Un autre détachement a dressé, avec des toiles de tente ordinaires, cette même yourta que les nomades kirghiz tendent au moyen de peaux. La Russie, entourée de peuples demeurés au stade primitif de leur développement, reçoit d’eux d’utiles conseils militaires, car de qui suivre l’exemple, pour ce qui est de camper, sinon de ceux-là mêmes qui vivent encore sous la tente ? Nous entrons dans cette maison de steppe ; elle n’est qu’un toit aux quatre faces couvrant un emplacement carré ; de la neige la capitonne au dehors ; un trou central sert de cheminée ; vingt-quatre hommes là-dessous, couchés ou debout, sont à l’aise et sont au chaud.

Un escalier aux marches massives nous conduit dans les chambrées ; d’énormes poêles les chauffent, imbriqués dans les murs, et c’est une atmosphère tiède, sèche, où se répand l’odeur des bottes tannées à l’écorce de chêne. Une image est dans un angle ; en face, le portrait de celui auquel tous ceux d’ici ont prêté serment devant le prêtre, une main sur la hampe du drapeau et l’autre levée au ciel, le portrait de l’Empereur.

Deux châlits, un matelas étroit et cylindrique à la surface duquel il est merveilleux qu’on puisse se tenir en équilibre, une couverture sans draps, c’est toute la literie ; mais des oreillers aux taies soutachées, mais des essuie-mains déployés sous la planche brodent le mur de passementeries et de devises. Les soldats s’occupent le soir à ces travaux d’aiguille, souvent destinés aux officiers.

Le général s’est arrêté devant un petit troupier pâle, au visage couvert de taches de rousseur :

— Ta tenue de parade est-elle achevée, frère ?

Parfaitement ainsi.

C’est la formule pour dire : oui. Donc, son camarade le tailleur a cousu sa tenue de parade, et sans doute avec moins d’adresse