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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/351

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l’impôt, accordée à la fabrication, produira l’effet le plus utile. Si la culture de la betterave à sucre a fait la prospérité de quelques-uns de nos départemens, c’est que, grâce aux pulpes qu’elle fournit, elle permet l’engraissement d’un nombreux bétail. C’est l’emploi de ces pulpes qui détermine l’accroissement de la fertilité. Il faudrait donc que la loi favorisât la production de ces pulpes. Or, actuellement, la loi de 1884 la restreint, au contraire. En faisant porter l’impôt sur la betterave mise en œuvre, elle a forcé les fabricans à demander aux cultivateurs des racines d’une grande richesse. Malgré les efforts répétés des producteurs de graines, ces betteraves sont encore peu prolifiques ; un hectare produit 25 tonnes de racines, tandis qu’en semant d’autres variétés, on en récolterait 40 ou 45 et que, par suite, il arriverait à la ferme, pendant chaque campagne, une quantité de pulpes bien supérieure à celle qu’on obtient aujourd’hui.

La loi de 1884 a eu le grand avantage d’introduire dans les fabriques rachat à prix variable avec la densité. L’habitude en est prise, elle se maintiendra. On conçoit alors que, si on ramenait l’impôt de la betterave mise en œuvre au sucre achevé (comme on l’a fait en Allemagne depuis 1891), on pourrait employer des variétés prolifiques donnant à l’hectare plus de sucre et plus de pulpes que celles qui sont actuellement semées, sans avoir à craindre l’envahissement des sucreries par des betteraves de basse qualité, puisque le prix de ces mauvaises racines serait tellement faible qu’il n’y aurait aucun avantage à les produire. Les betteraves de moyenne richesse pourraient être livrées aux sucreries à des prix plus bas que celui qu’atteignent aujourd’hui les racines de médiocre rendement, et le surcroît de dépenses, occasionné par le traitement d’une plus grande quantité de betteraves, serait largement compensé par la diminution du prix d’acquisition. Les primes de l’État ne se présenteraient plus que sous forme de boni de fabrication.

En prenant cette mesure, on améliorerait certainement la situation, sans arriver cependant à résoudre cette difficulté inextricable, née d’une production qui, surexcitée par les primes de l’État, dépasse de beaucoup chaque année les quantités consommées. Celles-ci peuvent s’accroître, il est vrai, si on réduit dans une large mesure l’impôt qui actuellement triple le prix du sucre.

Mais, qui oserait proposer aujourd’hui d’enlever au budget une recette de cent millions ?


P.-P. DEHERAIN ;