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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/325

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l’État 200 millions de francs environ ; la culture de la betterave est l’origine des progrès agricoles les plus rapides ; il importe donc aussi bien à l’équilibre du budget qu’à la prospérité de notre agriculture que cette belle industrie ne périclite pas, et il est intéressant d’étudier sa situation actuelle.


I. — LA CULTURE DE LA BETTERAVE A SUCRE JUSQU’AU VOTE DE LA LOI DE 1884

La culture de la betterave à sucre, établie dès le début dans le nord-est : l’Aisne, le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme, l’Oise, y couvre encore de larges surfaces ; elle s’étend en outre dans l’ouest ; il existe des sucreries dans l’Eure, Eure-et-Loir et Seine-et-Oise ; elle descend au sud, dans Seine-et-Marne, le Loiret, l’Indre, la Côte-d’Or, Saône-et-Loire, le Puy-de-Dôme et même jusque dans Vaucluse et le Gard. Pendant une vingtaine d’années, de 1850 à 1870, cette culture fit à la fois la fortune des planteurs et celle des fabricans. Les cultivateurs récoltaient à l’hectare de 40 à 50 tonnes de racines, qu’ils vendaient 20 francs la tonne, réalisant ainsi de 800 à 1 000 francs de produit brut à l’hectare ; ils rapportaient des sucreries des pulpes de bonne qualité qui leur permettaient d’engraisser un nombreux bétail ; leurs terres, enrichies par de copieuses fumures, donnaient après la betterave d’excellentes récoltes de blé. Les nombreuses façons qu’exige la betterave pendant l’été, le travail des usines en hiver, assuraient des salaires relativement élevés aux ouvriers agricoles, et je me rappelle encore avec quel accent de fierté un fermier des environs de Soissons me disait en 1857 : « Monsieur, ici, il n’y a plus de pauvres. » Le sucre se vendant de 60 à 70 francs les 100 kilos, les fabriques réalisaient de beaux bénéfices, bien que leur outillage fût encore assez primitif.

Cette prospérité ne fut pas de longue durée. Tandis que les cultivateurs, continuant à obtenir d’abondantes récoltes, se déclaraient satisfaits, les fabricans, au contraire, se plaignaient de la qualité des racines dont la teneur en sucre devenait trop faible pour que leur traitement continuât d’être avantageux. La betterave, nous l’avons dit déjà, est de toutes les plantes de grande culture celle qui présente dans la composition de sa racine les écarts les plus considérables ; on en rencontre parmi elles quelques-unes qui renferment de 15 à 20 centièmes de sucre et