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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/311

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ayant absorbé ainsi les crédits ouverts, on remettra les réparations à l’année suivante. S’agit-il au contraire d’une maison de rapport, menaçant ruine à sa base et dont le propriétaire est économe de ses deniers, on se contente de quelques madriers pour la reprendre en sous-œuvre et refaire les fondations en quelques jours. Mais pendant ces quelques jours, l’entrepreneur est un général en campagne ; il ne dort guère. L’un d’eux, M. Guillotin, ancien président du tribunal de commerce de la Seine, le plus éminent et le plus estimé de sa corporation par la diversité de ses connaissances, eut naguère, lorsqu’il construisit la gare de l’Est, à soutenir par un massif de maçonnerie une partie de la rue Lafayette, dont le rez-de-chaussée se trouvait à seize mètres en contre-haut du sol de la gare projetée, sur le bord d’un vrai précipice. Au cours du travail, on vient le réveiller une nuit à deux heures du matin ; les puits de ces immeubles avaient subitement crevé et l’on pouvait craindre que l’eau, traversant les terres et jaillissant en cascades, n’entraînât un éboulement. Or il y avait ainsi 18 maisons, pleines de locataires, suspendues en l’air par des étais de bois, établis suivant toutes les règles de la prudence : seulement un accident semblable ne pouvait être prévu.

Heureux ou malheureux, du reste, ceux qui, parmi les ouvriers du bâtiment, arrivent à prendre part aux risques, bons ou mauvais, des grandes affaires, ne peuvent être qu’une exception. Le résultat important à retenir c’est que les salaires de la masse maçonnante se sont grandement élevés par rapport au prix de la vie : du maître-compagnon, aux appointemens de 350 francs par mois aux simples garçons à 5 francs par jour, la rémunération des travailleurs de la pierre et du plâtre a plus que doublé depuis quarante ans. Les maçons gagnent en moyenne 7 fr. 50 pour un labeur modéré de 10 heures — au lieu de 12 autrefois — où il n’est pas besoin, selon leur expression familière, de « se tordre la chemise sur le dos ».

S’ils conservent malgré tout certaines traditions, s’ils continuent par exemple à se rendre chaque mois, le dimanche de paye, dans les établissemens de bains de la Cité, où ils prennent, dans le panier placé à côté de la caissière, deux œufs dont ils emploient les jaunes à nettoyer leurs cheveux poudrés par le métier, — le bain sans les œufs ne serait pas un bain pour les enfans de la Marche, — cet attachement aux coutumes antiques