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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/296

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de Ravières, dans l’Yonne ; on les emploie lorsqu’elles ont « jeté leur eau de carrière », leur moiteur native, et durant la belle saison — jamais après septembre. — Une fois comprimées entre leurs voisines de mur, et séparées des fondations par un mastic bitumineux, elles offrent une solidité suffisante pour le rez-de-chaussée.

Or la place assignée aux pierres dans les façades — les fortes en bas, les faibles en haut — est toute semblable à celle qu’elles occupaient, dans le fond de la terre, suivant leur énergie relative. Cette énergie est très variable : le « vergelé fin » supporte, par centimètre carré de surface, une charge douze fois moindre que la roche de Bagneux — 60 kilos contre 730, — et le grès de Fontainebleau accepte sans broncher un faix plus que double — 1 700 kilos. — On fixe pratiquement au vingtième des résistances théoriques, limites au-delà desquelles se produit l’écrasement, le poids qui reposera sans danger sur chaque espèce. Dans les monumens, où l’architecte doit confier à des colonnes le port d’une coupole de grande hauteur, ce taux du vingtième peut être souvent excédé : la charge de la kilos par centimètre carré, imposée aux piliers du dôme des Invalides, celles de 10 kilos à Saint-Pierre de Rome, de 19 kilos à Saint-Paul de Londres, ou de 29 kilos au Panthéon parisien, sont toutes, par rapport aux pierres de ces édifices, supérieures à la « charge de sûreté » des simples maisons d’habitation.

Le Paris des derniers siècles, avec sa banlieue abondamment pourvue de carrières, n’eut pas à chercher au loin ses matériaux. Tandis que les Anglais ou les Flamands exportaient de Caen les voûtes de leurs cathédrales, nos ancêtres tiraient de Vaugirard ou de Bercy, de Montrouge et de Châtillon, ces « pierres de la plaine » dont les puits se signalent encore par de grandes roues en bois, semblables à celles de moulins abandonnés, détachant leur silhouette à l’horizon. Les roues, que faisaient tourner des manœuvres, par une marche sans trêve d’écureuils en cage, sont désormais immobiles. Les appareils ne fonctionnent plus, qui ont mis au jour des roches de toute structure : des « traitables », accessibles au pic et aux leviers, ou des « récalcitrantes », dont l’abatage à la poudre et aux pointerolles exige des précautions extrêmes ; car la mine risque de les « étonner », d’y semer mille fentes imperceptibles qui seront plus tard une cause de rupture.

De Bagneux est sorti le Louvre des Valois ; Meudon, sous