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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/292

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excédent du quart ; soit, pour 20 mètres de fondations effectives, 25 mètres à emporter.

Le temps nécessaire pour le chargement est, lui aussi, exactement calculé par le patron : on sait qu’un ouvrier à la pièce peut, en l’espace de dix heures, jeter 12 mètres cubes de terre meuble à 1m, 60 de hauteur, ou, horizontalement, à 3 mètres ; combien il faudra de brouettes — 25 ou 30 — pour contenir le mètre cube, et quelle quantité le rouleur en devra pousser dans sa journée, suivant la distance et la pente du terrain à parcourir. Tous ces détails sont indispensables pour proportionner congrûment les piocheurs aux chargeurs ; selon que les uns et les autres sont en nombre égal, quand la terre « est à deux hommes » — suivant l’expression du génie, — ou seulement « à un homme et demi », lorsqu’un piocheur suffit à deux chargeurs.

L’effectif des charrettes qui, marchant à la vitesse d’un mètre par seconde — 3 à 4 kilomètres à l’heure — débarrassent le chantier de ses déblais qu’elles conduisent à une décharge publique, a dû augmenter depuis une vingtaine d’années, à mesure que s’allongeait la durée de leur voyage. Plus on bâtit, moins il se trouve de terrains complaisans prêts à recevoir ce dont leurs voisins ne savent que faire ; tous les trous de l’ancien Paris ont été comblés par nos devanciers. Les carrières, situées dans le périmètre des fortifications, d’où sont sorties les pierres de la capitale du moyen âge, furent ainsi remplies peu à peu par la vidange des caves de la nouvelle capitale. Ce superflu encombrant fut un bienfait pour certains quartiers, une fortune pour quelques spéculateurs : un pharmacien audacieux s’avisa, vers le milieu de ce siècle, d’acheter presque pour rien la majeure partie de la butte Montmartre, dont les entrailles ouvertes offraient alors l’aspect bouleversé d’une succession de puits géans et de fosses béantes. Il y établit une décharge publique que sa proximité du centre mit aussitôt en faveur. Dès 4 heures du matin, en été, il attendait les tombereaux, les faisait basculer au bon endroit et, jusqu’au soir, aidé de quelques manœuvres, vêtu lui-même d’une limousine, la demoiselle de bois en main, il pilonnait, arrosait, bouchait les fissures et nivelait son domaine avec les rebuts des domaines d’autrui. Il acquit ainsi une grosse fortune. Désormais il faut aller hors Paris vider toutes ces charrettes ; le remblai élevé le long de la Seine, à Maisons-Alfort, en a pendant plusieurs années absorbé une bonne part. Le sous-sol d’une