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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/289

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La maison, dans la capitale, a donc perdu ce caractère de domicile personnel qu’elle garde à la campagne et dans les localités secondaires, pour devenir valeur de placement ou matière à spéculation, suivant que l’on bâtit pour louer ou pour vendre. L’afflux permanent de nouveaux venus dans le périmètre des fortifications a incité les capitalistes — groupés en société ou isolés — à élever beaucoup de nouveaux édifices pour les contenir. Chaque année depuis vingt-cinq ans, la ville s’est enrichie en moyenne de 25 000 âmes, l’effectif d’un chef-lieu de département ; à peu près comme si la population de Nevers ou d’Arras, désertant ses foyers en masse, avait débarqué toute ensemble par le chemin de fer.

La maçonnerie a marché en proportion : il a poussé, dans cet intervalle, 1 000 à 1 400 bâtisses par an. De 1869 à 1895, 41 000 nouvelles ont surgi. La statistique ne fournit pas de chiffres antérieurs aux dernières années de l’Empire ; mais, quoique le mouvement d’immigration ait été plus faible dans la première moitié du siècle, — l’augmentation fut de 11 000 têtes par an de 1811 à 1846, — le nombre des logis a dû s’accroître pendant cette période, de façon à abriter un million d’hommes au lieu de 600 000 ; soit que la pierre de taille s’emparât de terrains encore vierges, soit qu’elle chassât les moellons gothiques, les humbles pans de bois recouverts de plâtre, indignes d’occuper un sol aussi précieux.

Car il ne suffisait pas que les demeures fussent abondantes ; il les fallait de plus en plus luxueuses. Parmi ces botes que la province versait continuellement dans son sein, venus en majorité pour chercher fortune, beaucoup apportaient une fortune toute faite à ce Paris qui pompait la richesse du dehors. Aussi quelle émulation entre les constructeurs pour bien accueillir ces locataires providentiels, dont la concurrence ininterrompue faisait de la propriété parisienne une mine d’or, productive autant que nulle au monde ! Et quel chemin parcouru, du bel appartement de 1850, que l’écriteau extérieur annonçait pompeusement être « orné de glaces » et « fraîchement décoré », jusqu’à son successeur de 1897.

Le Parisien, de son côté, sans cesse à la poursuite du mieux, volontiers déménage. Il est nomade, dans sa ville surpeuplée, comme l’Arabe dans le désert. L’extrême civilisation confine, par cette instabilité du foyer, à la barbarie extrême. La smala