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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/236

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un retentissement particulier ? Les journalistes grecs n’avaient qu’à reproduire les articles de leurs confrères occidentaux pour montrer l’Europe unie dans une même réprobation, qui devenait de jour en jour plus énergique et plus impatiente. Tous ces élémens de combustion trouvaient en Grèce un foyer qui ne demandait qu’à être entretenu. Peu à peu, les esprits ont atteint un degré d’exaltation extrêmement élevé. L’Europe n’ignorait pas, elle surveillait le travail psychologique qui se faisait à Athènes ; peut-être même certaines puissances ne le voyaient-elles pas sans quelque complaisance secrète ; mais en même temps elles comptaient sur la sagesse et sur la prudence dont le roi Georges avait déjà donné tant de preuves, et elles ont été surprises par son action inconsidérée. On a pensé d’abord qu’il avait voulu donner à son peuple une preuve incontestable de la solidarité de ses sentimens avec les siens, mais que, cette preuve une fois faite, il s’arrêterait de lui-même ou se laisserait facilement arrêter. Les événemens ont démenti ces espérances. Le coup de soleil qui a frappé ses sujets a tout particulièrement sévi sur la tête du roi Georges, qu’on croyait plus septentrionale. Il a fallu prendre des dispositions nouvelles en présence d’un danger dont on n’avait pas pressenti d’abord toute la gravité.

L’Europe s’est émue. Elle a envoyé ses cuirassés monter la garde dans les eaux crétoises. On ignore toutefois les premières instructions qui ont été données aux amiraux chargés de les commander, et la facilité avec laquelle les navires grecs ont pu débarquer des troupes à quelques kilomètres de l’endroit où les navires européens débarquaient les leurs, reste une circonstance inexpliquée et inexplicable. L’Europe a tenu, à ce premier moment, le rôle d’un géronte un peu ridicule, et avec lequel il n’y avait pas à se gêner beaucoup. Ce début n’était pas de nature à décourager la Grèce. Aussi a-t-elle poursuivi son entreprise avec une extrême rapidité, et le colonel Vassos n’a-t-il pas perdu un jour pour exécuter les ordres qu’il avait reçus. Il ne lui a pas fallu beaucoup plus d’une semaine pour s’emparer d’un certain nombre de points de la grande ile, et, ce qui est pire encore, parce que cela est plus dangereux en vue de l’avenir, on a vu presque aussitôt des officiers ou des soldats grecs mêlés à toutes les bandes qui tenaient la campagne. M. Hanotaux, dans une discussion récente qui a eu lieu à la Chambre des députés et sur laquelle nous aurons à revenir, s’est servi d’une expression heureuse pour caractériser la situation actuelle de la Crète : il a dit que la Porte l’avait mise en dépôt entre les mains de l’Europe. Soit : l’Europe a accepté ce dépôt, elle en a pris la charge, mais il faut avouer qu’elle l’a jusqu’ici assez mal gardé et que, pour le moment,