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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/231

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peau » ; la Loi de l’Homme est un drame tout en muscles, et même en « doubles muscles », comme dit Tartarin. Enfin, — cette remarque n’est pas de moi et je le regrette, — tandis que les personnages de la Douloureuse s’égrènent en chemin et qu’ils sont vingt en commençant, puis une demi-douzaine, puis trois, puis deux («… En arrivant à Carcassonne, Y avait plus personne »), par une marche contraire la Loi de l’Homme nous en montre d’abord un, puis deux, puis trois, puis quatre, s’annexe à mesure et fait entrer dans son engrenage tous ceux dont elle a besoin, et se termine par une scène d’ensemble où six personnages sont directement intéressés. Et cela encore nous est un signe que la Douloureuse est une aventure tout individuelle, mais que l’aventure de la Loi de l’Homme a des conséquences sociales et qui ne se limitent point à un couple.

La Loi de l’Homme continue la pensée des Tenailles et se rattache au même cycle de drames juridiques que le Fils Naturel ou Héloïse Paranquet. Mais c’est plutôt à cette dernière pièce qu’elle fait songer. Elle est même plus musclée encore et d’un ramassement plus sévère. Sur le fond, je n’ai aucune envie de contester quoi que ce soit à M. Hervieu. On trouve dans sa pièce la vieille protestation contre la « loi de l’homme », une revendication générale des droits de la femme, qu’il souhaite égale à l’homme devant le Code ; et une réclamation sur deux points particuliers : 1° l’auteur voudrait que la constatation légale de l’adultère du mari ne fût point soumise à d’autres conditions que la constatation de l’adultère féminin, et 2° il trouve inique, lorsque deux époux ne s’entendent pas sur le mariage d’un de leurs enfans, que le consentement du père suffise et l’emporte. Je ne lui ferai pas observer que si le veto de la femme pouvait neutraliser l’autorisation du mari, et inversement, le dissentiment des époux renverrait donc le mariage des enfans à leur majorité, — à moins que la difficulté ne fût tranchée par un conseil de famille, — et que cela aurait aussi, dans certains cas, ses inconvéniens. Je n’examinerai pas non plus si l’héroïne de M. Hervieu ne s’insurge pas un peu vite contre la « loi de l’homme », et avant d’avoir usé de tous les moyens de défense que cette loi même lui assure. J’accorde tout à M. Hervieu, et ce qu’il veut, je le veux aussi. Car, si l’on peut croire que le changement (peu probable) des âmes serait un meilleur remède à nos maux que le changement des lois, il ne s’ensuit pas qu’il ne faille point modifier une loi injuste ; et, de ce que la cliente de M. Hervieu n’est pas une personne très agréable, il ne s’ensuit point qu’elle ait tort. Mais, avec tout cela, ce que je demande à l’auteur, c’est bien moins de me démontrer une vérité qui