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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/223

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Thécla, qui est dans sa confidence, laisse Thécla partir seule, et, par des ruelles, gagne la petite maison où le Valaque l’attend.

Or, le train qu’elle devait prendre a heurté un train de marchandises-chargé de pétrole. Les voyageurs ont été brûlés. Le sac à bijoux de Simone, retrouvé sur le corps de Thécla, a fait croire à M. d’Aubenas que c’était le cadavre carbonisé de sa femme. Il ramène chez lui, fou de douleur, ces restes affreux.

Simone apprend toutes ces choses le lendemain matin, chez son Valaque. Comment elle les apprend, par quels messagers savamment gradués, et avec quels éclats de surprise, de terreur, de désespoir, c’est ce que je vous laisse à penser. Mais, après qu’elle s’est tordu les bras, elle se demande ce qu’il faut faire. Se montrer à son mari, c’est lui avouer sa faute. Alors, c’est bien simple, puisqu’elle passe pour morte, elle en profitera : elle s’en ira avec son Michaël, là-bas dans sa poétique Valachie, où ils seront heureux. Mais cela ne fait point l’affaire de Michaël ; car Simone officiellement morte, c’est Simone sans le sou, et ce qu’il veut, lui, c’est Simone divorcée et riche. Le rasta laisse paraître, assez naïvement, l’ignominie de son âme, et Mme d’Aubenas lui crache son mépris à la figure.

Donc, un seul parti à prendre, elle le sent bien : tout avouer à son mari… Mais voici un bel exemple des « malices » de M. Sardou, ou, pour parler mieux, de la bravoure qu’il met à sacrifier même la plus forte vraisemblance morale aux nécessités de la fable dramatique, c’est-à-dire à notre divertissement : et c’est pourquoi nous ne lui en voulons jamais beaucoup. — Juste à ce moment-là, on entend dans la coulisse les lugubres prières des morts ; et, par la fenêtre entr’ouverte, Simone voit s’avancer, derrière le cercueil où il la croit enfermée, son mari chancelant, brisé, secoué de sanglots. Nous sommes persuadés qu’elle ne pourra tenir devant ce spectacle ; que, par un invincible mouvement de tout son cœur, elle va se précipiter et crier : « Me voilà ! » Et nous avons envie de lui crier nous-mêmes : « Mais oui ! Montre-toi ! Tu trouveras des explications après, et, si tu n’en trouves pas, tant pis ! Car la douleur de ce pauvre homme derrière cette bière, avec l’atroce vision de sa femme brûlée vive, est évidemment pire que ne sera pour lui la découverte d’une faute dont l’aveu sera déjà un sérieux commencement d’expiation. Et, d’ailleurs, tu n’es pas en état d’établir cette balance. Aie donc pitié de ce malheureux, et montre-toi, — si toutefois tu es un être de chair et de sang, et non une marionnette dont les mouvemens ne sont concertés que pour éveiller et surprendre la curiosité de la foule. » Mais Simone ne se montre point. Elle se confessera, mais