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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/183

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tableaux, l’éclairage du théâtre et de l’usine, et quand il n’est pas d’effets artificiels de M. Hébert ou de M. Henner qu’on ne puisse obtenir, si l’on veut, par des jeux bien combinés de gaz et d’électricité ? Et quand ils nous montrent, en des scènes d’hôpital dont ils sont si friands, ce que deviennent les chairs et les épidermes sous l’influence des traitemens électriques ; ou lorsqu’ils enfarinent le visage d’un clown, puis le transportent sur leurs toiles, nous disant que ce sont là des réalités, font-ils donc du réalisme et respectent-ils au moindre degré cette Nature dont ils se sont fait un drapeau ? — Non. L’homme de Nature, l’être réel et suprêmement beau, est le corps sorti souple et joyeux de la main puissante du potier qui a pétri l’argile humaine, non tel que les besoins vrais ou faux de la civilisation l’ont caricaturé. C’est l’homme des premiers âges, droit comme le rameau libre, non l’homme de l’âge de la vapeur, tordu par une fausse éducation. C’est l’Apollon de Syracuse, — non l’électeur de M. Gladstone. C’est l’homme fait par la Nature, — non le self-made-man.

La Beauté n’est donc ni dans un idéal d’une part, ni dans la nature dénaturée que copient les réalistes de l’autre, mais bien dans la Nature naturelle et si nous ne trouvons plus aisément cette Nature aujourd’hui, si les figures humaines qui nous entourent sont toutes ternies « par l’opération visible et instante du péché invaincu », eh bien, appelons-en non à un rêve, mais à une réalité, à une réalité passée, à un souvenir des temps heureux où l’homme fort, pur, lumineux et confiant marchait parmi des paysages splendides qu’il n’avait eu le temps ni de détruire, ni d’insulter. L’idéal d’aujourd’hui, c’est peut-être simplement un souvenir de la réalité d’autrefois… Gardons pieusement le souvenir de cette chose radieuse qui, parce qu’elle est passée, n’en fut pas moins réelle. Respectons les monumens qui nous en ont été laissés. « Une chose de beauté peut exister un instant à titre de réalité. Elle existe à jamais comme témoignage. A sa gloire et à sa sagesse, les nations doivent en appeler in sæcula sæculorum et en toute vérité et en toute confiance ; une chose de Beauté est une loi pour toujours ! »

A cette question : Que fera l’Art et que doit-il nous montrer ? nous répondrons donc : Simplement la Nature telle qu’elle est et l’homme tel qu’il a été. Le chemin de la Nature naturelle est facile à prendre : c’est celui qui mène aux vallées que l’industrie respecte encore et aux mers qu’elle ne peut souiller. Pour le