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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/175

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La religion de la beauté – Etude sur John Ruskin


IV. SA PENSÉE [1]


II. — SUR L’ART


Si telle est la Nature, que doit être l’Art ? Assurément quelque chose à la fois de très grand et de très humble, de très grand vis-à-vis de nous, de très humble vis-à-vis d’elle. Car si « la vie, les joies et les lois de la Beauté, dans le monde matériel de Dieu, sont des parties aussi sacrées que la vertu dans le monde des esprits », l’homme qui scrute ces lois, rappelle ces joies et prolonge cette vie : l’artiste, remplit une des plus grandes tâches de l’humanité. Il se tient entre la Nature et nous. Il en est le déchiffreur, le chanteur et le mémorialiste. Nous courons dans la vie vers nos buts divers : à notre bureau, à notre cricket, à notre conseil d’administration. Il a pour mission de nous arrêter et de nous dire : Regarde ce caillou et ses veines, regarde ce brin d’herbe qui te fait des signes, regarde ce muscle, regarde ce ciel… Croyez-vous que ce soit inutile ?

  1. Voyez la Revue du 1er décembre 1895, du 1er juin 1896 et du 1er février 1897.