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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/166

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interrogés. Les réponses furent invariables. La suppression du phosphore blanc, disaient-elles, porterait à l’industrie belge un coup mortel ; elle serait contraire aux dispositions des traités de commerce consentis avec les pays voisins, l’Allemagne par exemple ; elle apporterait dans la population ouvrière une perturbation qui conduirait à des grèves inévitables. Le projet de loi dut être abandonné, et, dans le rapport du ministre au roi, justifiant cet abandon, on lit ce considérant qui reproduit celui de la loi suisse : « Dans l’état actuel de l’industrie et du commerce des allumettes en Belgique, la suppression du phosphore blanc est radicalement impossible. » C’est alors que, l’hygiène et la police sanitaire reprenant leurs droits, le ministre du Travail ordonna un redoublement de surveillance : plusieurs usines réputées insalubres furent fermées par ordre ; des installations d’appareils de ventilation ont été imposées, à grands frais aux manufacturiers ; une réduction à 8 pour 100 de la proportion de phosphore dans les pâtes a été prescrite ; un règlement sévère des ateliers a été ordonné, et nous verrons tout à l’heure quels résultats ont été la conséquence de ces mesures.

La Belgique peut désormais se livrer sans entraves à la fabrication ordinaire. L’autorité, en renonçant au principe de l’interdiction, a perdu tout droit d’imposer aucune condition spéciale à la fabrication qui redevient libre. Il ne lui reste plus qu’un rôle à jouer, qu’un objectif à poursuivre : assainir l’industrie et assainir par l’hygiène.

En France, sans aucun doute, comme partout ailleurs, en Europe et dans le monde entier, le gouvernement abandonnera l’idée de l’interdiction ; et nos académies ainsi que nos commissions d’hygiène, si toutefois elles ont le courage de se déjuger, cesseront enfin d’émettre des vœux qui ne peuvent être exécutés. Nous avions donc bien raison de dire que le phosphore est un corps incomparable qu’on ne saurait détrôner ni remplacer. Il s’impose industriellement et il faudra chercher, ailleurs que dans sa suppression, l’assainissement de l’industrie.


VI

C’est ainsi que se présente une seconde solution ; celle qui repose sur l’emploi des machines.

A vrai dire, cette solution n’a rien de spécial ; elle appartient