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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/165

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1882 une loi interdisant l’emploi du phosphore ordinaire dans toutes les usines de la Confédération. Ce régime fui maintenu pendant deux années entières, au bout desquelles l’expérience parut décisive, car la loi fut rapportée sur un considérant dont le texte est à conserver : « La substitution du phosphore amorphe au phosphore blanc est industriellement impossible. » La fabrication en Suisse est depuis lors rendue à la liberté.

Après la Suisse, parlons de la Belgique. Là aussi l’enquête est pleine d’enseignemens ; l’industrie est libre sous la réserve d’une surveillance de police sanitaire. Le pays renferme une quinzaine d’usines importantes qui occupent plusieurs milliers d’ouvriers. Tous les types d’allumettes s’y fabriquent : l’allumette ordinaire, l’anglaise, la suédoise pour une faible proportion, et l’allumette-bougie. — La consommation pour la Belgique étant limitée, c’est l’exportation qui absorbe la production. Le centre manufacturier le plus important est Grammont, ancien foyer d’accidens et de nécrose, et aujourd’hui considérablement assaini grâce aux mesures adoptées par le nouveau ministre du Travail, M. Nyssens, secondé par son inspecteur principal, M. Henrotte.

Cependant le souvenir de l’ancienne insalubrité des usines et sans doute aussi la persistance de quelques accidens isolés, ont entretenu dans le pays une inquiétude extrême. L’Académie royale de médecine, le conseil supérieur d’hygiène du royaume et les commissions médicales provinciales ont depuis longtemps posé la question à leur ordre du jour. Tous se sont prononcés avec une unanimité complète, et à plusieurs reprises, pour une solution unique qui n’est autre que l’interdiction légale du phosphore blanc. C’est comme un écho des opinions soutenues en France, et les convictions paraissent être, chez nos voisins, de même que chez nous, si fermes, si profondes, qu’on n’admet guère la discussion. On serait malvenu de chercher à plaider en Belgique la cause de l’assainissement par l’hygiène. Un exemple récent l’a prouvé lorsque au sein de l’Académie de médecine un membre de l’assemblée a essayé de défendre cette cause devant une opposition systématique et violente.

Le gouvernement belge s’émut à son tour, et le ministère prépara en 1895 un projet de loi portant prohibition de l’emploi du phosphore blanc dans la fabrication des allumettes. Toutefois, avant de soumettre le projet au parlement, on ouvrit une enquête, les principaux manufacturiers du royaume furent