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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/153

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nous en 1845 sur le rapport de Peligot, et notre industrie française, fort en retard jusqu’alors, put enfin rivaliser avec les fabriques allemandes.


III

Pour tout observateur qui possède quelques notions même élémentaires de chimie, le phosphore est un corps vraiment extraordinaire et doué de propriétés si spéciales et si exclusives qu’il semble illusoire au premier abord de chercher son équivalent en industrie. C’est un agent merveilleux et infaillible pour donner à tout moment de la vie, dans tous les climats, sous toutes les latitudes, le feu et la lumière avec cette simplicité et cette sûreté qu’aucun autre procédé ne saurait égaler. Il est d’ailleurs si répandu pour la confection des allumettes qu’il couvre, on peut le dire, le monde entier de ses produits. Ce serait chimère aujourd’hui de songer à le détrôner.

Les allumettes au phosphore blanc répondent en effet à tous les besoins ; elles s’allument sur une surface quelconque sans bruit, sans conflagration, sans risque d’explosion. La fabrication en est simple, facile, peu coûteuse. Recouvertes d’un vernis protecteur, elles défient les intempéries, l’humidité même. L’ouvrier des champs, aussi bien que celui des villes, le voyageur, le chasseur entraîné loin des endroits habités, est toujours assuré, avec quelques allumettes dans sa poche, de pouvoir faire du feu partout où il se trouve.

Une autre substance est-elle capable de présenter les mêmes avantages ? Non, assurément ; il n’en est aucune qui lui soit comparable. Il n’y a pas de succédané du phosphore blanc.

Mais c’est un poison ; il menace les ouvriers des plus graves dangers ; il les mutile et les tue.

Cela est vrai ; mais il existe dans l’industrie bien d’autres poisons qui, eux aussi, donnaient aux ouvriers des maladies graves et qui les tuaient. Ils ont été, non pas supprimés, mais neutralisés.

Voyons donc, avant tout, pourquoi et comment le phosphore blanc est si dangereux à manier.

Le phosphore blanc est volatil ; il répand dans l’atmosphère des ateliers où se confectionnent les allumettes des vapeurs acres et irritantes qui obscurcissent l’air. Ces vapeurs,