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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/152

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faut-il encore compter parmi ces dernières la fabrication des allumettes ? Quelles peuvent être, dans cette industrie spéciale, les raisons qui s’opposent ou du moins semblent s’opposer, jusqu’à ce jour, à l’assainissement par des procédés qui ont si bien prouvé ailleurs leur efficacité ?

C’est ce que nous nous proposons ici d’étudier.


II

L’allumette est certainement l’une des plus étonnantes merveilles de la civilisation moderne ; et, si nos générations actuelles n’étaient pas familiarisées depuis l’enfance avec elle, nous saurions mieux apprécier les avantages et l’importance de cette admirable découverte : le feu à la portée de tous.

C’est Kammerer d’Ehningen, dans le Wurtemberg, à qui l’on doit rapporter en 1832 la véritable invention de l’allumette : avec un mélange de chlorate de potasse, de sulfure d’antimoine et de gomme, il fabriqua une pâte dont il enduisit l’extrémité d’une baguette de bois. Le mélange séché s’enflammait par frottement simple sur une surface rugueuse.

Comme on le voit, la première allumette ne contenait pas de phosphore, — détail curieux, si on le rapproche des dernières tentatives des inventeurs qui s’efforcent de supprimer le phosphore dans les nouvelles pâtes inflammables ; mais le même écueil attendait les premiers essais aussi bien que les derniers : des conflagrations brusques, détonantes, occasionnèrent de nombreux accidens. Les allumettes de Kammerer tombaient déjà dans un discrédit complet, lorsqu’il eut l’idée de remplacer le sulfure d’antimoine par le phosphore. C’était un progrès considérable au point de vue de l’inflammabilité de l’allumette, mais il restait encore un pas à faire, et, en attendant, la persistance que l’on mit à maintenir le chlorate de potasse dans les pâtes continua à produire des brûlures, des explosions, si bien que, dans certains Etats d’Allemagne, la nouvelle fabrication fut, pendant plusieurs années, frappée d’interdit.

C’est alors qu’on entreprit une série d’essais qui amenèrent d’abord la réduction de la proportion du chlorate et finalement sa suppression complète. Le docteur Bœttger, de Francfort, et Preschel, de Vienne, lui substituèrent le nitrate de potasse et le peroxyde de manganèse. La même modification fut décidée chez