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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/103

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d’autant plus justifié, quand on réfléchit qu’après tout, les unités de combat démodées, inutilisables pour la grande guerre, conservent longtemps encore une valeur suffisante pour couvrir, dans une défense rapprochée, les abords des bases d’opérations, pour prolonger, en s’appuyant sur leur canon, l’action des batteries de côte.

C’est ce qu’ont parfaitement compris l’Angleterre, dont tous les coast-guards et port-guards sont d’anciens cuirassés d’escadre ; l’Italie, qui utilise, comme bâtimens centraux de ses défenses mobiles, les survivans de Lissa ; l’Allemagne elle-même qui, se ravisant, comme nous le disions plus haut, fait du type Siegfrie un navire de haute mer, en augmentant son rayon d’action, et garde ses vieux cuirassés comme hafen-schiffe.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas, et pour cause, les garde-côtes qui nous feront défaut. En nous résignant même au rattachement définitif des 9 navires dont nous venons de parler aux escadres d’opérations, il nous resterait encore 5 garde-côtes, 8 canonnières cuirassées, 4 cuirassés d’escadre antérieurs à 1877 et 4 cuirassés de station à peu près aussi anciens, que l’on renonce à envoyer désormais au loin : en tout 21 unités. C’est plus qu’il n’est nécessaire.

Voyons maintenant combien il nous faudrait de torpilleurs côtiers, et comptons pour cela nos bases d’opérations.

Dans le nord, les trois principales, Dunkerque, Cherbourg, Brest, seraient suffisamment pourvues avec 30 torpilleurs pour chacune des deux premières et 25 pour la seconde ;

Dans l’ouest, Lorient et Rochefort, usines intéressantes, mais positions militaires actuellement peu menacées, se contenteront de 10 torpilleurs chacune ; Toulon, notre seule base principale sur le littoral français de la Méditerranée, — ce qui ne laisse pas d’avoir de graves inconvéniens, — en prendrait 30 ; Oran, Bizerte, Ajaccio, Bastia, bases secondaires comme outillage général, mais très importantes au point de vue stratégique, en exigeraient 15 ou 20 : en tout 210 à peu près. Ajoutons-en 90 au moins pour constituer des défenses locales aux ports de commerce, que des considérations un peu étrangères aux intérêts militaires exclusifs et sérieuses pourtant, ne nous permettent pas de priver de toute défense mobile maritime. Enfin les six bases d’opérations dans les mers exotiques, Dakar, Fort-de-France, Diego-Suarez ou Bourbon, Saigon, Nouméa et Tahiti doivent en prendre 50 ou 60.