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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/98

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à nous fournir des sensations spéciales à cet égard. Prenons d’abord un seul œil ; il ne peut nous donner que la sensation d’une surface teintée de différentes couleurs, car tous les points situés l’un derrière l’autre sur un même rayon visuel ne peuvent produire qu’une sensation unique. Nous avons, il est vrai, deux yeux situés à une certaine distance l’un de l’autre et permettant à la rigueur de construire le triangle formé par chacun de ces yeux et par un point extérieur. Mais, d’abord, cette construction relève du raisonnement et nullement de la sensation proprement dite, et ensuite, pour la très grande majorité des objets, la distance des deux yeux est trop petite et ne peut nous fournir une parallaxe appréciable de l’objet quelque peu éloigné. On pourrait supposer que la conscience d’efforts d’accommodation différens donnerait la sensation de la différence de distance et par conséquent de la profondeur ou du relief. Mais le stéréoscope, cette admirable invention de Wheatstone, fait tomber cette supposition ; tous les points des deux images étant sur le même plan, l’accommodation est la même pour chacun d’eux, et le relief ne se produit pas moins. Revenons à l’usage de l’œil unique. Il nous montre côte à côte les images de deux hommes ; l’une de ces images est dix fois plus petite que l’autre ; nous savons, par une expérience antérieure, que la taille de l’homme varie entre des limites restreintes, mais que plus un homme est loin, plus il nous paraît petit. Des sensations fournies par l’œil nous conclurons donc que nous avons devant nous deux hommes dont l’un est à une distance dix fois plus grande que l’autre. De même, nous savons, toujours par une expérience antérieure, que le corps humain et la plupart des objets usuels ne sont pas transparens. Si notre œil nous fournit les images voisines de deux hommes, dont l’un apparaîtra tout entier tandis que l’autre ne laisse voir que les parties de son corps qui dépassent le contour apparent de son compagnon, nous conclurons que le premier de ces deux hommes est en avant du second, et ainsi de suite. En nous déplaçant, nous voyons les images changer, et ces changemens nous renseignent sur la position relative des corps. La vision avec les deux yeux facilite singulièrement les raisonnemens de l’espèce. Si un objet, pas trop éloigné, est vu par nos deux yeux, il donne dans chacun d’eux des images différentes ; l’œil droit nous montre des surfaces que ne nous montre pas l’œil gauche, et réciproquement. En vertu de l’expérience antérieure toujours, nous concluons que l’objet est un solide et non une surface plane.

Pour mieux exécuter ces opérations, nous imposons à nos yeux l’obligation de travailler toujours de la même manière, ce