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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/964

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pays qui n’ont pas pu échapper à la contagion de la fièvre crétoise. Lorsqu’une maladie principale se déclare dans un corps dont la santé est compromise, des maladies accessoires apparaissent aussitôt et se portent sur divers organes ; un médecin habile soigne le mal dans sa source, et, s’il le guérit, les autres manifestations morbides ne tardent pas à disparaître. C’est ainsi qu’il faut traiter l’empire ottoman, en commençant par apaiser l’insurrection crétoise.

On demandera peut-être où l’Europe puisera la force nécessaire pour faire accepter et respecter ses décisions. Nous ne croyons pas qu’un blocus soit pour cela indispensable. Les populations orientales ont l’esprit assez souple et assez fin pour sentir à quel moment précis elles se trouvent en présence d’une volonté résolue. Cette volonté, pour s’imposer, doit être unanime ; pour être unanime, elle doit porter sur des points propres à rallier le consentement de toutes les puissances. Alors elle sera obéie. Elle le sera à Constantinople ; elle le sera à Athènes ; elle le sera à la Canée ; elle le sera à Fré, dans l’Apokorona. L’Épitropie des réformes n’aura plus qu’à abdiquer devant les réformes accomplies. Au moment où, la Porte ayant consenti aux quatre points, les députés chrétiens montraient la plus grande répugnance à se rendre à l’Assemblée générale, les ambassadeurs des puissances à Constantinople ont adressé aux consuls à la Canée la note suivante : « Nous conseillons aux insurgés de mettre fin aux hostilités et d’entamer des négociations pacifiques fondées sur le pacte d’Halepa, que la Porte a concédé aux Crétois, et qui pourra subir de justes modifications, au-delà desquelles les Crétois doivent savoir qu’ils perdraient leurs droits acquis aux sympathies européennes. » Cette note a suffi pour provoquer la réunion immédiate de l’Assemblée générale. On voit par-là ce que peut une parole très nette, derrière laquelle on sent une volonté très ferme. Les insurgés crétois ont besoin des sympathies des puissances : ils s’arrêteront le jour où ils se sentiront sérieusement menacés de les perdre sans retour.


FRANCIS CHARMES.

Le Directeur-gérant, F. BRUNETIÈRE.