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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/95

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Ici comme ailleurs, c’est donc la fonction qui adapterait l’organe, et nous serions dans une certaine mesure les artisans de notre propre destinée ; les infirmités, la souffrance, ne seraient que la, sanction des erreurs commises, ou un avertissement pour mieux diriger nos efforts à l’avenir.

Il est difficile de définir ce qu’est la sensation proprement dite ; nous allons essayer néanmoins d’en donner ici au moins une idée.

Plus l’homme avance dans la connaissance de l’univers, plus il reconnaît que le phénomène le plus général est, sans contredit, la vibration, c’est-à-dire le mouvement périodique se propageant suivant des ondes se succédant à intervalles égaux, de rayon grandissant, mais dont l’intensité s’affaiblit avec la distance.

Regardez la surface de la mer un jour de pluie. Chaque goutte qui tombe du ciel détermine dans l’eau la formation d’un cercle d’ondes qui grandit, mais dont la saillie au-dessus du niveau normal va sans cesse en s’affaiblissant. Comme les gouttes tombent à intervalles égaux, à chacun des cercles formés succède un autre cercle qui parcourt les mêmes phases. Tous les cercles émanés des différentes gouttes se coupent et se recoupent en des points facilement reconnaissables, par où l’onde passe sans s’arrêter. Les vagues soulevées par le vent, les oiseaux qui plongent, les poissons qui sautent, les bateaux qui laissent un sillage, viennent compliquer encore toutes ces rencontres. C’est l’image schématique de l’univers où nous vivons. Plongés dans l’éther comme en un vaste océan, nous sommes en communication, pour ne pas dire en contact, avec tous les autres corps, par l’intermédiaire de ces « frissons » périodiques, de ces vibrations qu’ils émettent en tous sens. Comment se reconnaître dans cette confusion en apparence inextricable ? Comment déterminer la position, la forme des objets, voisins ou éloignés, avec lesquels nous nous trouvons ainsi en rapport par des systèmes d’ondes si variés ? Une seule chose est invariable pour chacun de ces systèmes, c’est le rythme, le nombre par seconde du groupe de vibrations correspondantes. Chacun de nos sens comprend donc les organes nécessaires pour la détermination de ce rythme. Le toucher et la peau, organe de la sensibilité générale, nous révèlent les vibrations lentes correspondant à la force mécanique : les attractions ou répulsions, la pesanteur, et les chaleurs à basse température ; l’ouïe détermine avec une précision surprenante la vitesse des mouvemens de l’air ; la vue enfin, par des organes plus délicats encore, nous renseigne sur les vibrations lumineuses, qui sont infiniment plus rapides. Pour les vibrations de l’éther inférieures