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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/932

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le feu contre la ville. Alors, un groupe de Turcs et de Maures, exaspérés, se précipite vers la maison du consul de France, qu’ils étaient habitués à rendre responsable de tous les maux ; on s’empare de Jean Le Vacher, malgré les supplications de ses compagnons. On le traîne ou plutôt on le porte à travers les rues d’Alger, car il n’était pas en état de marcher ; après lui avoir fait subir toute sorte d’outrages, on le porte au môle, on le lie sur une chaise, le visage tourné vers la bouche d’un canon et, d’un coup de feu, on fait voler son corps en morceaux. Vingt résidens français partagèrent le sort du consul lazariste : le capitaine de Choiseul-Beaupré, qui avait été pris lors d’une attaque contre le port, allait subir le même supplice, lorsque à la dernière minute un officier de reïs, qui, étant prisonnier, avait été traité par lui avec des égards, le couvrit de son corps et obtint sa grâce (27 juillet).

Ce jour-là le grand Duquesne dut regretter la parole injuste qui lui était échappée quelques jours auparavant dans son entretien avec le consul.

Une mort aussi atroce, loin de décourager les prêtres de la mission, leur parut le plus beau couronnement de la vie d’un missionnaire. On se disputa, dans les maisons de Saint-Lazare, l’honneur de succéder à ce héros, deux fois martyr et de sa foi et de son patriotisme. Michel Montmasson fut désigné pour ce poste périlleux, sous le titre de vicaire apostolique. C’était un homme dans toute la force de l’âge, qui s’était déjà signalé par son énergie dans la mission de Madagascar et, depuis son retour, avait été attaché à la paroisse de Versailles. Bien secondé par M. Piolle, consul de France, il compléta les institutions créées par les frères Le Vacher. Lorsque ce consul fut arrêté par ordre du dey, ainsi que 372 résidens français, et tomba malade, des suites de mauvais traitemens, Montmasson réussit à le faire transporter dans la maison des agens du Bastion de France pour y être soigné, et dut accepter les sceaux du consulat. Quelque temps après, une flotte française, commandée par le maréchal d’Estrées, se montra de nouveau devant Alger, avec ordre de recourir à la force pour obtenir des réparations. Chose incroyable ! Oublieux de la triste expérience faite par Duquesne, le maréchal ne prit pas la précaution de faire mettre d’abord en sûreté les Français libres résidant à Alger. Aux premières bombes qui éclatèrent sur la ville, le dey Hadji-Hussein fit saisir une quarantaine de nos nationaux qui furent massacrés sans pitié. De leur nombre fut le consul Piolle et le Père Montmasson. On fit subira ce dernier des mutilations cruelles. On lui coupa le nez, les oreilles, on lui creva les yeux, on le perça de coups de couteau et de poinçon (5 juillet).