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disciple, il venait de mourir et avait été remplacé comme supérieur de la congrégation par M. Aimeras, qui rappela Jean Le Vacher à Paris.

Ce dernier n’eut que le temps de charger deux capucins, dont il paya la rançon avec ses deniers, de continuer le service religieux dans les bagnes et les maceries. Quelques années après (1672), la congrégation de la Propagande établit à Tunis des capucins, avec le titre de « missionnaires apostoliques », mais en les subordonnant au vicaire apostolique d’Alger.

L’œuvre des Lazaristes à Alger fut préparée par les Trinitaires qui, on l’a vu, y avaient fondé le premier hôpital en 1581. Saint Vincent de Paul, fidèle à son principe, qui était de respecter les droits acquis et les sphères d’action des autres ordres, refusa toujours de se charger de la gestion de cet hôpital, mais se borna à compléter l’œuvre de ses devanciers. C’est à cette fin qu’il envoya en 1643 deux prêtres de la Mission et un frère chirurgien pour organiser à Alger « une espèce d’hôpital pour les pauvres galériens. » Mais si l’Algérie offrait aux missionnaires de saint Vincent de Paul un terrain mieux cultivé que la Tunisie, en revanche il était hérissé d’obstacles, semés par la méfiance et la tyrannie des autorités de cette régence. Saint Vincent de Paul, après avoir acheté le consulat d’Alger, y envoya M. Jean Barreau, membre laïque, et, l’année suivante, le fit assister par un jeune prêtre M. Noël ou Novelli. Ce dernier, arrivé au milieu d’une épidémie de peste, se dévoua au soin et à la consolation des malades, et au bout de quelques semaines tomba malade et mourut à trente ans (1647). Or Noël, en ce court laps de temps, avait su gagner tant de cœurs que ses obsèques furent suivies par huit cents esclaves. A peine eut-on reçu la nouvelle de sa mort que deux Lazaristes demandèrent à le remplacer : c’étaient MM. Lesage et Dieppe. Saint Vincent les fit partir immédiatement pour Alger ; mais en vain, ils furent à leur tour moissonnés par le fléau terrible : le premier en mai 1648, et le second en mai 1649. Voilà donc le consul lazariste, demeuré seul debout à Alger. Afin de suffire à sa double tâche : maintenir les droits de la France et protéger les esclaves contre une Régence avide et cruelle, Barreau se multiplie, emprunte partout pour racheter les esclaves les plus maltraités, les plus en danger de succomber au prosélytisme musulman ; de sorte qu’il se trouve bientôt, lui aussi, dans des embarras d’argent. En vain, le sage supérieur de la congrégation lui recommande-t-il « de ne pas trop se hâter en empruntant de l’argent… de peur de décrier son ministère. » En vain obtient-il en sa faveur un crédit de 12 000 livres qui lui est ouvert par les Mathurins de