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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/919

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Les Lazaristes devaient, tout en évangélisant les forçats enchaînés sur les galères de Marseille, minuter les traités conclus entre les rois et le Grand-Seigneur ou les deys d’Alger et de Tunis, afin d’y relever tous les privilèges qui avaient été accordés pour le service divin. De même que pour son œuvre des enfans trouvés, le saint homme avait obtenu de plusieurs nobles femmes le plus généreux concours, ce fut encore une grande dame qui, par deux donations magnifiques, rendit possible l’organisation de l’assistance des esclaves en Barbarie.

Marie-Madeleine de Vignerod était la nièce du cardinal de Richelieu. Mariée jeune au duc d’Aiguillon, elle avait été dame d’atours de Marie de Médicis, mais avait perdu son mari de bonne heure. Son oncle, qui n’aimait personne au monde plus qu’elle, aurait voulu lui faire contracter une union princière ; mais la jeune veuve, dans tout l’éclat de la beauté et de la fortune, n’y voulut point consentir et résolut de consacrer sa vie et sa fortune à des œuvres de piété ! Elle éprouvait pour M. Vincent une vive admiration et avait déjà largement contribué à son œuvre des galériens en France. Fut-ce elle qui lui suggéra la pensée de rétablir la mission en Barbarie, ou bien est-ce saint Vincent de Paul qui sut l’intéresser à son œuvre ? Peu importe : ce qu’il y a de certain, c’est qu’elle témoigna l’une des premières sa sympathie pour les chrétiens esclaves d’Afrique.

Eh bien ! cette œuvre qu’il avait conçue lors de sa captivité à Tunis (1605), il la porta quarante ans dans son cœur, attendant l’occasion, hésitant entre les moyens, et cherchant les ressources pour l’exécuter. De là, certainement, la perfection qu’il sut lui donner, car, suivant la forte expression de Bossuet, « le temps ne respecte que les œuvres qu’il a contribué à fonder. » Saint Vincent de Paul qui, depuis 1019, était aumônier royal des galériens et qui avait essayé de relever leur niveau moral, ne trouva pas du premier coup le moyen de venir en aide à ces malheureux. Chose singulière, cet homme pacifique et débonnaire songea d’abord à employer la force des armes, pour détruire ces repaires de forbans, dont il avait deviné la réelle faiblesse.

Il réclama de Louis XIII l’établissement de croisières permanentes pour donner la chasse aux pirates ; dès 1020, il invita le général des galères Philibert de Gondi, dont il avait élevé les enfans, à proposer au roi une expédition contre Alger, et vers 1663, il encouragea les projets de Paul de Sam, chevalier de Malte, qui aurait voulu s’emparer de Tunis. Mais tous ces projets échouèrent faute d’argent et de décision. La supplique des captifs