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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/909

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trouve le palais, dit Al-Kazar. Dans l’arsenal sont toujours dix galères, et le fort n’est jamais sans en avoir au moins une armée. Je ne connais pas, ainsi termine le narrateur espagnol, de plus beau pays que les environs de Tunis. Il y a là au moins trois cents tours ou pavillons, chacune avec son domaine a l’entour.

Bien que la présence d’un noyau de chrétiens indigènes, groupés près la porte d’El-Manera, et parmi lesquels s’était recrutée la garde royale des rois berbères, imposât quelques ménagemens à la régence de Tunis vis-à-vis des chrétiens, l’influence mauvaise des reïs d’Alger prévalut la plupart du temps et décida les Tunisiens à joindre leurs galères à celles d’Alger, pour fondre sur les navires ou les rivages d’Europe ; le voisinage des côtes de Sicile et de Naples rendait ces corsaires de Tunis d’autant plus redoutables.

Salé était aussi devenu un repaire de forbans de mer, et le centre d’une principauté musulmane vivant de leurs rapines [1]. Peuplée en grande partie par des Maures expulsés d’Espagne, elle se distinguait par son fanatisme, mais paraît être toujours restée indépendante des Turcs. Enfin Tripoli, après avoir été prise par les Espagnols (1510) et avoir été confiée par eux à la garde des chevaliers de Rhodes, tomba définitivement aux mains des Turcs en 1551. Le corsaire Dragut, suivant l’exemple de Khaïr-ed-din, en fit hommage au sultan de Constantinople, mais, en fait, y constitua un odjak autonome.

Tels étaient au XVe siècle les quatre Etats barbaresques, indépendans quant à leur gouvernement, mais unis par la communauté de haine et de vengeance contre le nom chrétien. En fait, ils continuèrent la « guerre sainte » sur la Méditerranée, dans les îles, dans l’océan Atlantique et jusque dans la Manche, après que les souverains arabes eurent été rejetés hors d’Europe.


II

On n’a que l’embarras du choix quand on veut se faire une idée des dommages et des souffrances que les pirates de Barbarie faisaient subir aux populations chrétiennes : nous possédons les récits de plusieurs captifs célèbres, par exemple du chevalier d’Aranda et de saint Vincent de Paul, de Cervantes et de Du Chastelet des Bois, et les chroniques de voyage des religieux qui se consacrèrent à leur rédemption.

  1. Salé ou Vieux-Salé, ville du Maroc, à l’embouchure de l’Oued-Regrag, à 165 kilomètres O. de Fez, est la Sala des Romains. La France y établit, en 1630, un consulat, qui fut supprimé dans la suite.