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Les précurseurs français du cardinal Lavigerie dans l’Afrique musulmane


La prise d’Alger, la conquête de l’Algérie et la réduction de la Tunisie sous le protectorat de la France, enfin les œuvres civilisatrices du cardinal Lavigerie, ont été la revanche éclatante d’une longue série d’avanies, d’insultes et de persécutions, subies par les chrétiens dans l’Afrique musulmane. Pendant six siècles et plus, des milliers d’Européens, des centaines de prêtres ou de moines, pris sur des navires de commerce, enlevés sur les rivages ou dans les îles de la Méditerranée, ou bien victimes de leur zèle apostolique, ont été emmenés en captivité, livrés à toutes les horreurs de l’esclavage ou, s’ils tentaient de s’échapper, condamnés à mourir dans des supplices atroces. Je ne sais ce qu’il y a de plus étonnant dans cette domination séculaire de la Méditerranée par les Etats barbaresques : ou de l’audace de cette poignée de bandits et de pirates ; ou de l’impuissance des nations européennes, payant à ces corsaires un tribut annuel qui se montait à plusieurs millions de livres et leur sacrifiant des milliers de vies humaines. C’est là une des pages les plus sombres de l’histoire de la civilisation en Occident, parce qu’elle offre le navrant spectacle de la force brutale primant le droit des gens et du fanatisme l’emportant sur l’humanité.

Heureusement pour l’honneur de l’Europe, des souverains, des princes de l’Eglise et des religieux se sont rencontrés qui ont interrompu le cours des triomphes du Koran sur l’Évangile et manifesté la vigueur des nations chrétiennes. Aux noms du cardinal Ximenès et de Charles-Quint, du cardinal de Richelieu et de Louis XIV répondent, à travers les siècles, ceux du roi de