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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/900

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à payer en dollars d’or. Le paragraphe relatif au rachat par le gouvernement de ses obligations en or fait allusion au mécanisme de la Trésorerie, qui ne cesse de donner de l’or en échange de tous ses billets indistinctement, des silver certificates et des billets de 1890 aussi bien que des greenbacks et des gold certificates : L’attaque contre les banques nationales tend à priver celles-ci du droit d’émettre les billets, qui leur est concédé par la loi organique : l’idéal de bon nombre d’argentistes est de faire émettre les billets par le gouvernement seul, à l’exclusion de tout établissement particulier.

Après avoir élaboré son Évangile, la Convention procéda à la troisième et non moins importante partie de sa tâche, la nomination de l’apôtre chargé de porter la bonne parole, du candidat à la présidence. Sans nous attarder au récit des péripéties de la discussion, sans nous occuper des compétiteurs évincés, nous reproduirons le discours du bouillant avocat de Nebraska, William Jennings Bryan, qui ravit l’Assemblée et conquit à l’orateur la majorité des suffrages. Cet homme de trente-six ans, le plus jeune, qui ait jamais été désigné comme candidat par une Convention nationale américaine, était, la veille encore, inconnu de la plupart de ses concitoyens. Voici les principaux passages de la harangue qui, selon la forte expression d’un assistant, a fait Bryan :

Il serait présomptueux de ma part de me présenter contre l’honorable gentleman qui vient de vous être recommandé (Bland [1]), s’il s’agissait de comparer notre valeur individuelle ; mais il n’est pas question ici d’une lutte entre individus. Le plus humble des citoyens, s’il revêt la cuirasse d’une juste cause, est plus fort qu’une armée d’erreurs (textuel). Je viens défendre devant vous une cause aussi sainte que celle de la liberté, celle de l’humanité.

Nous valons autant que les gens du Massachussets ; et s’ils viennent nous dire à nous, gens du Nebraska : Vous troublez nos affaires, nous leur répondrons : Et vous, vous dérangez les nôtres. Vous avez fait une application trop limitée du mot homme d’affaires. L’employé est autant un homme d’affaires que l’employeur. Le fermier qui va le matin à son ouvrage est autant un homme d’affaires que celui qui va à la Bourse jouer sur les fonds publics. Le mineur est un homme d’affaires au même titre que les quelques magnats financiers qui s’enferment dans un bureau pour y accaparer les capitaux du monde… Ce qu’il nous faut, c’est un André Jackson, pour lutter, comme Jackson l’a fait, contre les banques nationales… Les principes sur lesquels repose la démocratie sont éternels comme les montagnes, mais doivent s’adapter aux circonstances nouvelles qui se produisent.

  1. Bland est un vétéran de la démocratie américaine. Il avait été l’auteur de la loi de 1878 qui marqua le début de la législation favorable à l’argent aux États-Unis, en ordonnant la frappe mensuelle de 2 millions de dollars. C’est lui dont la rustique demeure, à Lebanon (Missouri), était appelée la Mecque de l’argent par les fanatiques de ce métal.