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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/897

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modèle, le plus pur et le meilleur possible, pour les peuples de la terre. Deux candidats étaient en présence pour la présidence temporaire de la Convention : le sénateur Hill, de New-York, sound money man, et le sénateur J. W. Daniel, de l’Etat de Virginie, favorable à l’argent. Daniel fut élu par 556 voix contre 349 données à Hill, bien que le comité national démocratique appuyât la candidature de ce dernier. Ce fait était à lui seul une indication claire des dispositions des délégués. Depuis soixante-quinze ans, c’était la première fois que le choix du comité n’était pas ratifié par la Convention ; mais celle-ci était décidée à ne se laisser arrêter par aucun précédent et à tout briser pour assurer le triomphe de l’argent. Aussi le sénateur Daniel ne fit-il que répondre aux sentimens de la majorité en comparant son œuvre à un incendie qui dévore la prairie, d’une extrémité à l’autre du pays :

il faut, s’écria-t-il, émanciper l’Amérique de la tutelle des rois de l’Europe, menés par la Grande-Bretagne à l’assaut du métal argent, cette moitié de la monnaie du monde, et empêcher ces tyrans de réduire tous les fabricans, marchands, fermiers et ouvriers américains, à n’être plus que des scieurs de bois ou des porteurs d’eau !

N’oubliez pas qu’en 1892 vous vous êtes déclarés en faveur de l’usage simultané de l’or et de l’argent comme étalon, de la libre frappe des deux métaux, et que le seul point sur lequel vous ne vous êtes pas alors prononcés était celui du rapporta fixer entre les deux métaux.

Les hommes qui sont dans les affaires, les manufacturiers, les commerçans, les agriculteurs, nos enfans qui peinent dans les comptoirs, dans les usines, dans les champs, dans les mines, savent qu’un resserrement de la circulation engloutit, avec la force silencieuse et irrésistible de la pesanteur, les profits annuels de leurs entreprises et de leurs paiemens, — ils savent aussi qu’étalon d’or signifie contraction et organisation du désastre… Le parti républicain s’est prononcé on faveur de l’étalon d’or britannique. S’il triomphe, nous ne pouvons que nous attendre à de nouveaux spasmes de panique et à une période de dépression indéfinie.

Nous nous sommes efforcés de traduire littéralement cette diatribe : elle donne bien l’idée de l’agitation au moyen de laquelle les partisans de l’argent essaient de s’assurer les suffrages populaires. Les déclamations ont toujours ému les foules. Les Gracques n’employaient pas d’autres moyens de rhétorique lorsqu’ils haranguaient la plèbe romaine.

Le second acte de la convention de Chicago fut de dresser la plate-forme démocratique en vue de l’élection à venir. Le choix du président pouvait faire pressentir ce qu’elle dirait. Malgré la longueur du document, nous donnerons la traduction des principaux passages. Il jette un jour trop vif sur l’état d’âme d’une partie de l’Amérique pour n’être pas lu attentivement :