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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/892

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à ses débuts, a cependant fini par recruter des adhérens parmi ceux-là mêmes qui n’ont rien à gagner et probablement beaucoup à perdre à un bouleversement monétaire, s’agite et agite le pays en réclamant la libre frappe de l’argent : il promet aux propriétaires de mines de ce métal un débouché assuré et un prix invariable pour leur marchandise ; il fait miroiter aux yeux des agriculteurs une hausse du blé, du maïs et des autres produits de la terre, qu’il prétend devoir être la conséquence inévitable de cette libre frappe.

Le candidat républicain qui paraît avoir le plus de chances d’être élu en novembre prochain pour être ensuite installé à la Maison Blanche de Washington de mars 1897 jusqu’en mars 1901, est le célèbre Mac-Kinley, dont le nom est resté lié au relèvement du tarif douanier. Mac-Kinley ressemble à Napoléon Ier : cette circonstance a été pour quelque chose dans sa fortune politique, en ce pays où la légende impériale paraît avoir exercé une fascination toute particulière sur les esprits [1]. Ses adversaires n’ont-ils pas été jusqu’à relever la date du 18 juin, anniversaire de Waterloo, à laquelle Mac-Kinley a été choisi par la Convention de Saint-Louis, pour en tirer un présage de défaite ? Le portrait de Mac-Kinley, imprimé tous les jours dans une foule de journaux tirés à des millions d’exemplaires, le représente inévitablement coiffé du tricorne en bataille, avec la main dans la redingote boutonnée, ou bien encore les deux bras croisés derrière le dos, dans quelqu’une des attitudes immortalisées par l’Empereur premier.

Rien n’est amusant comme de voir l’usage constant que font les caricaturistes yankees de cette ressemblance. L’un deux nous montre Mac-Kinley sur un cheval blanc, entouré de son état-major : les plus connus de ses partisans sont occupés à pointer des canons chargés de boulets en or qu’ils puisent dans des caissons bondés de ce métal ; au bas du tertre s’étend une plaine désolée qui n’est que ruines : fermes, fabriques, ateliers sont dévastés, tout est détruit par le monométallisme or : inutile de dire que le dessin est publié dans un Etat argentiste. Ailleurs on voit Mac-Kinley assis sur un obus, flirtant avec dame Démocratie, pendant qu’une mèche enflammée, sur laquelle est écrit : « monométallisme or », menace de faire éclater le projectile : « N’ayez pas peur, m’amie », lui dit-il, « cela ne vous fera pas de mal. »

La verve des républicains et des partisans de la monnaie

  1. Cette fascination est telle que l’éminent professeur Sloane, de l’Université de Princeton, a cru devoir écrire une histoire de Napoléon Ier pour éclairer ses compatriotes, en la leur présentant sous le jour qu’il croit être le vrai, et en cherchant à calmer chez eux un enthousiasme qu’il trouve exagéré.