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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/890

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quatre ans versèrent leur sang sur tant de champs de bataille et disputèrent la victoire aux Sherman, aux Sheridan et aux Grant. Aussi n’est-ce pas sur le terrain des luttes d’autrefois que se rencontrent les adversaires d’aujourd’hui. Ils sont d’accord pour maintenir l’organisation actuelle du pays ; ils ont au même degré le respect de la constitution ; ils ne sont pas en désaccord sur la politique étrangère. Si le républicain Blaine a passé pour le champion le plus ardent du panaméricanisme, le démocrate Cleveland a déployé une singulière énergie dans la revendication des droits des Etats-Unis lors de l’incident anglo-vénézuélien à la fin de 1895. Ce n’est pas non plus sûr une question confessionnelle qu’éclatent les conflits d’opinion, bien que l’association anti-papale, American-protective association, par abréviation A. P. A., essaie de faire à Mac-Kinley un grief d’avoir épousé une femme catholique.

C’est donc en matière économique que doivent éclater les divergences qui séparent les démocrates et les républicains. Mais ici encore, chose étrange à constater, aucun des deux partis, au début de la campagne présidentielle de 1896, n’avait de programme précis. Deux questions préoccupaient le pays : celle du tarif et celle de la monnaie ; protection ou libre-échange, étalon d’or ou double étalon. Hâtons-nous d’ajouter que les problèmes ne se posent pas avec cette simplicité élémentaire. Bien peu de libre-échangistes américains auraient le courage de supprimer tous les droits de douane ; un petit nombre seulement des partisans de l’étalon d’or songent à retirer de la circulation les dollars d’argent qui en forment une portion importante. D’autre part, bien que les républicains soient acquis à une politique protectionniste, les démocrates sont loin d’être tous de l’opinion contraire ; et, pour ce qui est de la question monétaire, elle compte des partisans de l’une et de l’autre solution dans les deux camps. Une forte majorité de républicains est favorable à l’étalon d’or : ce qui n’empêche qu’en 1893 le président démocrate Cleveland a lutté avec une énergie indomptable pour l’abrogation des lois ordonnant les achats d’argent par le Trésor, et que certains membres de son cabinet, le secrétaire de la Trésorerie Carlisle en tête, se jettent aujourd’hui dans la mêlée pour combattre les argentistes. Il faut jeter un coup d’œil en arrière afin de comprendre la situation.

Après avoir été longtemps libre-échangistes, les Etats-Unis, vers le déclin du XIXe siècle, ont suivi l’exemple de beaucoup de nations européennes et ont établi des barrières pour protéger nombre de leurs industries. Le major Mac-Kinley, président de la commission parlementaire chargée de la révision des lois douanières, attacha son nom au tarif le plus élevé, qui fut établi il y a