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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/89

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montrant que partout elles obéissent à la loi de la conservation de l’énergie, Helmholtz a rendu un immense service et tracé à ses contemporains un vaste programme d’expériences qui, réalisées plus tard, sont venues confirmer l’exactitude de ses vues théoriques.

Quant au problème qui a servi de point de départ, on peut dire qu’il est résolu. Le mouvement perpétuel est bien réellement impossible, puisque, dans toute machine, la différence entre le travail moteur et le travail utile est égale à toute la portion de l’énergie employée aux actions moléculaires, à la création de la chaleur résultant des chocs, des frottemens, etc. La vie elle-même ne peut créer de l’énergie ; elle se borne à transformer de l’énergie potentielle en énergie cinétique ou inversement.

Elle peut employer l’énergie dont elle dispose et qui, en dernière analyse, provient de la chaleur solaire, à aller suspendre au plafond un poids au bout d’une corde ; elle peut couper cette corde pour faire tomber ce poids. Elle peut décomposer l’eau, ou faire détoner par une étincelle un mélange d’hydrogène et d’oxygène, mais là s’arrête son pouvoir. De là toute la mécanique, toute la physique, toute la chimie, et peut-être un jour toute la physiologie, au moins pour les actions où l’intelligence n’est pas directement intéressée [1].

Le mémoire si remarquable de Helmholtz sur la conservation de l’énergie fut assez mal accueilli par les représentans de la physique officielle du temps. Ils inclinaient à en nier les conclusions, à le considérer comme une fantaisie peu intéressante et même dangereuse. Ils allèrent jusqu’à en interdire la publication dans les Annales de Poggendorff. Seul, Jacobi sut démêler le lien qui rattachait cette première œuvre aux travaux des mathématiciens du XVIIIe siècle ; il s’intéressa à Helmholtz, qu’il protégea de son crédit. Ce travail trouva, au contraire, un accueil enthousiaste dans la phalange des jeunes physiciens, notamment chez Du Bois-Reymond.

Quelque temps après, Helmholtz s’attaqua aux idées de Liebig en prouvant, par des expériences, que la fermentation, la putréfaction, n’étaient pas de simples réactions chimiques, mais des opérations liées à la présence et à la propagation d’organismes vivans. C’était poser un premier jalon dans la voie où Pasteur devait s’engager plus tard avec tant de succès. Il étudia aussi

  1. Par parenthèse, — et cette remarque s’impose depuis les beaux travaux de Pasteur, — le rôle de la vie dans la physique et la chimie même semble beaucoup plus important qu’on ne le supposait. Autrefois, il y a trente ou quarante ans, par exemple, la vie sur la terre était considérée comme une exception. Aujourd’hui elle constitue plutôt la règle, et, à chaque instant, on découvre l’action déterminante de l’organisme vivant, répandu partout on quantités innombrables, dans la formation des roches, de l’humus, dans les fermentations, putréfactions, etc.