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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/885

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d’une personnalité marquante, d’un caractère ardent et combatif, d’un talent original et puissant, en même temps qu’un peu déséquilibré, il est devenu surtout antimoral, antireligieux, presque anarchiste. La réaction contre le radicalisme pieux et vertueux du milieu environnant a été poussée à l’extrême ; le roman naturaliste suédois est allé tout droit jusqu’à la révolte contre tout principe social et moral capable d’imposer une contrainte au penchant naturel.

Des excès mêmes de cette tendance est résultée une réaction idéaliste. L’apothéose des sens et des instincts a fait renaître le besoin des choses de l’Ame, la curiosité des phénomènes supérieurs de la vie morale. Le parti pris de mépriser tout idéal a disparu pour faire place à des préoccupations psychologiques et morales, au dessein de relever l’être humain à ses propres yeux, de le montrer moins esclave de ses sens, capable enfin de maîtriser ses passions. L’idée du devoir a reparu, en opposition avec les entraînemens de l’instinct ; l’imagination a repris ses droits à côté des sensations ; la moralisation de l’être humain par la domination des désirs a remplacé l’idée de son émancipation de toute entrave morale ou religieuse. Ce néo-idéalisme, qui a fait son apparition il y a quatre ou cinq ans, est encore incertain de sa voie et peu sûr de ses croyances. Il s’essaie dans l’analyse psychologique, dans l’allégorie et le symbolisme ; mais le fond de sa philosophie reste confus, sa foi est indécise. Il flotte entre une sorte de panthéisme, un christianisme mystique et une religion humanitaire, et il éprouve l’inconvénient de s’être plongé sans foi bien précise dans des études que la foi peut seule féconder.


O. G. DE HEIDENSTAM.